Épargne court et long terme : quels placements en fonction de votre projet ?

02/2021 - Mis à jour le 08/02/2021 par Jean-Philippe D.

Se constituer un capital pour faire face à une dépense imprévue, financer les études des enfants ou préparer sa retraite s’inscrivent dans des temporalités différentes. Ces horizons d’épargne conditionnent le choix du support d’investissement.

couple avec enfant

L’épargne court terme dite de précaution

  • L’importance de l’épargne de sécurité
    Avant toute chose, il est primordial de se constituer une épargne de court terme, également appelée épargne de précaution. Ces économies, qui doivent représenter de trois à six mois de salaires, vont servir à faire face à des dépenses imprévues, comme le changement du lave-linge, une réparation du toit ou un rappel des impôts. Ce matelas financier évite de payer des agios pour un découvert bancaire ou de recourir à un crédit à la consommation onéreux. L’argent doit donc être sécurisé et disponible à tout moment.
  • Les livrets
    Les livrets d’épargne constituent le placement idéal pour l’épargne de court terme : l’épargnant peut verser et retirer la somme de son choix quand il le souhaite. Il n’y a pas de frais de versement, ni de retrait et les intérêts annuels sont définitivement acquis. Il faut distinguer les livrets réglementés et les livrets non réglementés.
    Les premiers, dont les plus connus sont le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), sont régis par l’État. Le taux de rémunération est fixé tous les 1er février et 1er août par le gouvernement. Ils bénéficient de la garantie de l’État : l’épargnant est ainsi assuré de récupérer son capital (le cumul de ses versements) quoi qu’il arrive.
    Les livrets réglementés présentent l’énorme avantage d’être entièrement défiscalisés. En revanche, il est possible de détenir uniquement un Livret A et/ou un LDDS par personne et le montant des versements ne peut pas dépasser un certain plafond (22 950 € pour le Livret A, 12 000 € pour l’ex-Codevi). Enfin, la rémunération de ces livrets est très faible (0,50 % depuis le 1er février 2020 pour le Livret A et le LDDS).
    Les livrets non réglementés, également appelés livrets bancaire ou comptes sur livret (CSL), répondent à des règles plus souples. Ils ne sont pas plafonnés et on peut en posséder autant que l’on veut. Le capital y est là aussi sécurisé.
    Leur taux d’intérêt est défini par la banque qui commercialise le placement. La rémunération est comprise entre 0,20 % et 1,50 % pour les livrets dits « ordinaires » et jusqu’à 4 % pour les « super-livrets » (des taux boostés pour une durée limitée). Gros point noir : ils sont fiscalisés. Les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou « flat tax » à 30 % (12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 17,2 % au titre des prélèvements sociaux).

Épargner pour un projet de vie

  • Définir votre horizon de placement
    Pour épargner sur le long terme, il faut d’abord déterminer son horizon de placement, c’est-à-dire le temps qui vous sépare de votre objectif. Par exemple, si vous avez 20 ans et que vous souhaitez acquérir votre résidence principale, il vous faudra vous constituer un apport financier pour un achat dans 10 ou 15 ans. Si vous êtes parent, vous disposez de 18 à 20 ans pour réunir la somme nécessaire pour financer les études supérieures de votre enfant à compter de sa naissance. À l’âge de 40 ans, vous avez 20 à 25 ans pour préparer votre retraite, sachant que vous ne pourrez pas quitter la vie professionnelle avant 62 ans (sauf cas particuliers).
  • Épargne de moyen terme : épargne salariale, PEL voire assurance vie
    L’épargne salariale constitue une bonne épargne de moyen terme. Les sommes placées sur un plan d’épargne entreprise (PEE) sont, en effet, bloquées pendant au moins 5 ans. Il existe toutefois des cas de déblocage anticipé, comme le mariage ou la conclusion d’un pacte civil de solidarité (Pacs), l’acquisition, la construction ou l’agrandissement de la résidence principale, la naissance ou l’adoption d’un troisième enfant.
    La durée minimale d’un plan d’épargne logement (PEL) est fixée à 4 ans. Vous pouvez effectuer un retrait avant, mais vous perdrez alors les avantages du PEL, dont l’accès à un prêt à taux préférentiel. Le plan ne peut plus être alimenté au bout de 10 ans, mais les intérêts annuels (1 % depuis le 1er août 2016) continuent d’être versés pendant 5 ans.
    Les sommes logées dans une assurance vie peuvent être retirées à tout moment. Toutefois, à partir de 8 ans de détention du contrat, les gains (intérêts annuels et plus-values) sont perçus en franchise d’impôt à hauteur de 4 600 € par an pour un célibataire ou de 9 200 € par an pour un couple marié ou pacsé déclarant ses revenus en commun. Au-delà de ces abattements, les gains sont soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 % et à un prélèvement forfaire libératoire (PFL) à 7,5 %, soit une imposition globale de 24,7 % inférieure au PFU à 30 %.
  • Épargne de long terme : assurance vie, PEA et compte-titres
    Si, comme on l’a vu, un souscripteur peut effectuer un rachat sur son assurance vie à tout moment, ce placement s’inscrit dans l’épargne de long terme. Les unités de compte (UC) sont, en effet, majoritairement investies dans des actions d’entreprises. Or, cette classe d’actifs s’avère la plus rentable sur 20 ou 30 ans.
    Même chose pour le plan d’épargne en actions (PEA). Si les plus-values sont exonérées d’impôt sur le revenu (mais pas de prélèvements sociaux) au bout de 5 ans de détention, le titulaire d’un PEA a tout intérêt à faire fructifier son placement dans le temps. Idem pour le compte-titres qui n’offre pas d’exonération fiscale, mais permet d’investir dans des titres d’entreprises du monde entier (et non uniquement dans des valeurs françaises et européennes comme pour le PEA).

Épargner pour la retraite

  • PER
    Créé par la loi Pacte (pour Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), le plan d’épargne retraite (PER) a remplacé, depuis le 1er octobre 2020, les contrats individuels et collectifs d’épargne retraite. Au moment du départ à la retraite, le souscripteur d’un PER peut sortir en capital, en rentes viagères (une somme servie jusqu’au décès) ou à la fois en capital et en rentes.
    En contrepartie du blocage des fonds jusqu’à la liquidation des droits à la retraite, l’épargnant peut déduire ses versements volontaires de son revenu imposable à hauteur d’un certain plafond (10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale [Pass] de l’année précédente ou 10 % des revenus professionnels de l’année précédente dans la limite de huit fois le Pass de l’année précédente).
  • PEE
    Le PEE peut constituer un bon placement de préparation à la retraite. Le salarié peut y placer son intéressement, sa participation et, dans certains cas, ses jours de repos non pris et monétisés. Autant d’argent qui ne sort pas de sa poche et qui va fructifier. Mieux : s’il effectue des versements volontaires, les sommes sont généralement abondées par l’employeur.
    Même s’il quitte l’entreprise, il peut garder ses avoirs (il ne pourra plus, en revanche, réaliser des versements, ni profiter de l’abondement). Lors de son départ à la retraite, il percevra le capital en franchise d’impôt. Les gains seront toutefois assujettis aux prélèvements sociaux.
  • Assurance vie
    L’assurance vie est considérée comme l’un des placements à privilégier pour se constituer un complément de revenu à la retraite. Le souscripteur peut programmer, à compter de son départ prévu à la retraite, des rachats partiels qui lui permettront de percevoir une somme d’argent à intervalles réguliers. Il peut également décider de dénouer son contrat en rentes viagères.
  • Autres solutions
    L’acquisition de la résidence principale représente un bon moyen de préparer sa retraite. En finissant de payer les mensualités de remboursement du crédit immobilier à 60 ans, un propriétaire n’aura quasiment plus de dépenses de logement (hormis les factures, l’assurance et la taxe foncière) à honorer à la retraite. Il pourra, en outre, vendre son bien pour financer son placement éventuel en maison de retraite.
    L’investissement locatif permet de générer un revenu de complément, bienvenu à la retraite. Une fois que les loyers perçus auront fini de rembourser les mensualités du crédit, ils viendront utilement compléter les pensions de vieillesse.

Épargner pour transmettre un patrimoine

L’épargne peut servir à transmettre un patrimoine. Grâce à la clause bénéficiaire, le souscripteur d’une assurance vie peut désigner la ou les personnes de son choix qui percevront les fonds logés sur son contrat à son décès. Les capitaux sont servis en franchise d’impôt à hauteur de 152 500 € par bénéficiaire pour les sommes issues des primes versées par le souscripteur avant ses 70 ans ou de 30 500 € pour tous les bénéficiaires (à parts égales) pour les sommes issues des primes versées après ses 70 ans.

Conseils pour se constituer une épargne chaque mois

Pour « lisser » l’effort d’épargne dans le temps, il est conseillé d’épargner tous les mois. Il est, en effet, plus indolore de mettre de côté 100 € par mois que de placer 1 200 € d’un coup. En matière d’investissement boursier, cela évite de se demander si on achète des actions au bon moment. Pour épargner mensuellement, il faut en premier lieu mesurer sa capacité d’épargne, c’est-à-dire ce qu’il reste à la fin du mois sur son compte en banque une fois les dépenses contraintes (logement, alimentation, habillement, factures, assurances, impôts) et de loisir (cinéma, restaurant, vacances…) déduites. Afin de se faciliter la tâche, le mieux est de mensualiser au maximum ses factures (eau, gaz, électricité, téléphone, Internet, abonnements…).
Une fois sa capacité d’épargne déterminée, il suffit de mettre en place des virements automatiques permanents de son compte bancaire vers ses placements de court et de long terme.