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Prévenir les risques d'usage de drogue
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Prévenir les risques d'usage de drogue

Dernière mise à jour : 24/08/2015

L'adolescence est la période de toutes les transformations, physique, psychique et sociale. Elle s'accompagne souvent d'une quête identitaire dont les expériences de toutes sortes, y compris psychotropiques, sont parfois les outils.

Première cigarette, première ivresse, premier joint... Comment repérer les comportements à risque, les prévenir, les accompagner sans forcément dramatiser un essai ou une erreur ?

Des consommations précoces

La dernière enquête sur la santé et les consommations lors de l'appel de préparation à la défense (ESCAPAD) a été réalisée en 2014 et publiée par l'OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies). Elle révèle que 68,4 % des adolescents de 17 ans déclarent avoir déjà fumé une cigarette au cours de leur vie. 32,4 % dit en fumer quotidiennement.

S'agissant de l'alcool, un peu plus de 90 % des jeunes de 17 ans l’ont expérimenté, 12,3 % en consomment régulièrement et 1 % quotidiennement. Les garçons sont plus souvent consommateurs que les filles, et ce quel que soit le niveau d’usage déclaré. Près de six jeunes sur dix déclarent avoir déjà été ivres au cours de leur vie, près d’un sur deux au cours des douze derniers mois, et près d’un sur dix au moins dix fois au cours de cette même période. Là encore, les garçons sont plus souvent concernés que les filles.

Près de la moitié des jeunes de 17 ans dit avoir déjà fumé du cannabis et quatre sur dix en ont fumé au cours des douze derniers mois. L’écart entre les sexes est important et augmente avec l’élévation des fréquences, à un degré moindre que ceux observés pour les usages d’alcool, les ivresses ou les autres drogues illicites. En moyenne, l’expérimentation a lieu au tout début de la quinzième année, sensiblement au même moment que la première ivresse alcoolique.

Parmi les autres produits illicites ou détournés, les plus fréquemment expérimentés sont les poppers (5,4 %), les champignons hallucinogènes et l’ecstasy (3,8% chacun), les produits à inhaler (4,3 %), puis la cocaïne et les amphétamines (3,2 et 2,8 %), le LSD (1,6 %), puis le crack (1,1%), l’héroïne (1 %) et enfin le GHB, la kétamine et le Subutex®, en deçà de 0,5 %.

Reconnaître les comportements à risque

Néanmoins, tout consommateur de substance psychoactive n'est pas à ranger dans la catégorie des toxicomanes. Le verre de vin ne fait pas l'alcoolique ni la cigarette le fumeur. Il faut se garder de préjuger trop vite ou de dramatiser une consommation, le risque étant de lui donner plus d'importance qu'elle n'en a réellement et de créer un problème qui n’existe pas.

Néanmoins, au regard de certains comportements, il faut pouvoir se poser les bonnes questions :

  • Quel(s) est (sont) le(s) produit(s) consommé(s) ?
  • A quelle fréquence ?
  • En quelle quantité ?
  • Dans quel cadre (seul ou entre amis) ?
  • Y a-t-il des conséquences nocives observables ?
  • Quelle importance le consommateur reconnaît-il à l'usage du produit ? (pour s'amuser de temps en temps, pour faire comme les autres, parce qu'il l'estime indispensable à son bien-être...).

Si la plupart des consommations resteront sans conséquences graves, les consommations abusives et les dépendances font le plus souvent partie d'un ensemble de comportements à risques ou de symptômes qui sont l'expression de difficultés passagères ou plus profondes, de souffrances qu'il s'agit de prendre en compte au cas par cas.

Quels sont les risques ?

Toute consommation est potentiellement problématique. Ce qui est inquiétant n’est pas tant le fait que le jeune consomme mais comment et pourquoi. Il faut évidemment s’inquiéter s’il consomme souvent, s’il le fait pour se sentir mieux dans sa peau, s’il se referme sur lui-même ou s’il consomme en recherchant des états de " défonce ". Ce n’est pas seulement le produit qui fait la dépendance. La personnalité de l’individu et son environnement sont tout aussi importants.

Des effets nocifs peuvent survenir dès les premières consommations. Ils seront différents (mauvaise descente, " bad trip ", surdose...) suivant les substances et l’usage qui en est fait. Par ailleurs, en cas d’usage répété, les sensations agréables initialement recherchées font place à de l’angoisse, voire à des sentiments de panique et de perte de contrôle de sa consommation. Des risques psychiques peuvent survenir rapidement : difficultés de concentration, nervosité, anxiété, dépression, agressivité... Des troubles physiques peuvent aussi apparaître : troubles des perceptions sensorielles et des réflexes, complications de certaines maladies, détérioration de l’état physique...

Certains effets indirects peuvent se surajouter : risques de transmission de virus (hépatite, VIH) par une sexualité non protégée et le partage de seringues ou de pailles, dégradation sociale ou personnelle du jeune consommateur (rupture avec l’école, la famille, les amis, marginalisation, violences commises sous l’effet d’un produit...). La consommation de substances psychotropes est dangereuse au volant ou au guidon d’une mobylette, sur une machine ou lors de la circulation en rollers (perte de vigilance et des réflexes, désinhibition, mauvaise coordination des mouvements). Les drogues sont de nature variée. Elles peuvent être naturelles (plantes, champignons) ou synthétiques, licites (tabac, alcool, anxiolytiques, somnifères), ou illicites (cannabis, ecstasy/MDMA, cocaïne, opiacés). Toutes agissent sur le cerveau et sont responsables d’effets variés, passagers ou durables. Les mélanges de ces substances sont particulièrement dangereux.

Informer et prévenir

Les jeunes doivent être informés de ces risques. L'information, le dialogue et l'écoute restent en effet les meilleurs outils de prévention. Dans ce contexte, le cadre familial joue énormément. Les enseignants et éducateurs ont aussi un rôle essentiel à jouer, en prévenant la consommation de drogues par une information adaptée à chaque classe d’âge et par la définition de limites, toujours nécessaires, mêmes si elles sont parfois transgressées.

Il n’y a pas d’âge idéal pour en parler, la question des drogues peut être discutée dès la préadolescence. Des actions de prévention sont conduites par des organismes publics et associatifs auprès des jeunes et des parents. Le plus souvent, elles sont élaborées en partenariat avec des spécialistes, des professionnels de la communauté scolaire, de la santé, de la police ou de la gendarmerie, des éducateurs de quartiers... En milieu scolaire, plus généralement dans les établissements du secondaire, les Comités d'éducation pour la santé et la citoyenneté (CESC) regroupent les membres de la communauté éducative, les familles et les acteurs de la vie du quartier. Ils sont en mesure de faire des interventions.

D'autres actions existent en dehors des temps scolaires, dans le cadre d'activités sportives ou culturelles, dans les lieux qui rassemblent des jeunes, dans les centres d'apprentissage, dans les lieux festifs (rave parties, festivals, concerts). Par ailleurs, la communauté éducative peut renvoyer vers des espaces spécialisés. Les Points Accueil et Ecoute Jeunes (PAEJ) sont des lieux d'accueil, d'écoute et de parole qui s'adressent aux jeunes les plus en difficulté. Ils ont pour objectif la prévention des conduites à risques, notamment l'usage de substances psychoactives et la prévention des conduites addictives. Les Points Écoute Parents accueillent et soutiennent les familles confrontées aux conduites à risques des adolescents. Dans le cadre d'entretiens individuels ou de groupes de parole, ils cherchent à arrêter la détérioration des relations et à rétablir la communication familiale parents/enfants.

À qui s'adresser ?

Il existe de nombreuses sources d'information, d'accueil et d'écoute vers lesquels les enseignants et autres membres de la communauté scolaire (infirmières, psychologues, médecins) peuvent se tourner pour se renseigner ou orienter les élèves en difficulté : points accueil écoute jeune (PAEJ), gratuits et anonymes, se renseigner auprès de la mairie.

  • Fil santé jeune : 0 800 235 236 (service anonyme et gratuit tous les jours de 9h à 23h).
  • Drogues Info Service (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies) : 0 800 23 13 13 de 8h à 2h - 7 jours sur 7, anonyme et gratuit.
  • Alcool info service : 0 980 980 930 de 8h à 2h - 7 jours sur 7, anonyme et non surtaxé.
  • En cas d’urgence, contacter le SAMU 15 et 112 (uniquement depuis un portable).

Notre point de vue d'assureur

Si l'usage d’alcool ou de stupéfiants est la cause de nombreux accidents de la route, il peut également être cause de déchéance des garanties d’assurance pour les dommages subis.
En clair, l’assureur pourra considérer qu’il ne s’agit pas d’un accident fortuit mais d’une faute volontaire, inassurable. Pensez bien à rappeler cette interdiction à toutes les personnes qui seront amenées à conduire un véhicule appartenant à votre établissement.
De plus, l’assurance ne pourra rien contre les conséquences pénales liées à l’usage d'alcool (articles L234-1 à L234-14 du Code de la route) ni de stupéfiants (articles L235-1 à L235-4 du Code la route).

Rappelons également que les crimes et délits, notamment les atteintes aux personnes, voient leurs peines aggravées lorsqu'ils sont commis sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants. Enfin, comme toute infraction pénale, le trafic de stupéfiants (articles L5132-1 à L5132-9 du Code de la santé publique) est puni par les articles 222-34 à 222-43 du Code pénal et ne peut évidemment être couvert par une assurance.

Pour en savoir plus

Le site de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie : pour en savoir plus sur les drogues, leurs effets, leurs dangers. Il propose également un accès à un espace de dialogue et de conseils ainsi que des adresses utiles pour trouver les coordonnées des services spécialisés par département ou par région.

Voir aussi l'INPES et notamment l'étude " Cannabis, ce qu'il faut savoir ".