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Et si vous tentiez un voyage scolaire ?
Philippe Tarnier, journaliste MAIF mag
7 minutes
Créé en avril 2026
Partir plusieurs jours avec ses élèves, apprendre autrement et vivre une expérience collective marquante... Le voyage scolaire se raréfie, mais des enseignants continuent de se porter volontaires. Nos conseils avant de partir !
Sommaire
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Les voyages scolaires dans le creux de la vague
C’est dommage que les enseignants n'organisent plus de voyages scolaires. J’ai eu la chance d’en faire quand j’étais élève, c’était hyper enrichissant et ils me laissent plein de bons souvenirs.
Un peu amère, cette maman d’élève regrette que le collège de son fils ne propose jamais d’excursion lointaine. Sa situation est-elle isolée ? Il semble que non. Le voyage scolaire est en perte de vitesse et la tendance n’est pas nouvelle. À vingt années d’intervalle (2004 et 2023), deux rapports parlementaires font le même constat : les élèves partent moins, moins loin, moins longtemps…
L’intérêt du voyage scolaire a pourtant été réaffirmé dans une circulaire de juillet 2024, sans pour autant le rendre obligatoire. Tout élève, quel que soit son milieu social d’origine, doit pouvoir bénéficier d’au moins un voyage scolaire au cours de sa scolarité obligatoire.
La tournure est incitative, mais vague. Nul ne sera inquiété si un élève arrive au bac sans avoir voyagé avec sa classe !
Un livre
Jean-Pierre Marcadier est sans doute la référence du voyage scolaire en France, tant il en a organisé. Désormais retraité, il a longtemps enseigné le français en lycée professionnel. De sa longue expérience, Jean-Pierre Marcadier a écrit un livre militant duquel vous pourrez tirer inspiration et bons conseils.
Pour en finir avec le voyage scolaire (Vers une pédagogie du voyage) - Édition Le Lys Bleu - 2025.
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Créer le désir
Je suis tombé dans les voyages scolaires un petit peu d'une façon dérivée, avoue Jean-Pierre Marcadier. Au début de ma carrière, nous avons créé Le Mur, un journal lycéen qui paraît trois à cinq fois dans l’année scolaire. Les voyages sont nés de la volonté d’y ajouter des grands reportages.
Le Mur est un journal de lycée professionnel, dont les rédacteurs sont de futurs bijoutiers. C'est une particularité qui a facilité le choix des destinations, d’Italie en Bohème, en passant par l’Allemagne, Anvers et Melle...
, reconnaît Jean-Pierre Marcadier.
Même sans cela, chaque classe peut trouver le point de départ de ce qui sera son voyage. Un problème de maths, un poème, un roman, une chanson, un film… Il vous faut créer le désir, déclencher et nourrir l’envie de vos élèves d’aller voir sur place. Le voyage peut commencer immobile : eTwinning est une action entièrement gratuite, imbriquée dans le programme Erasmus +, qui permet à des classes de 45 pays d’entrer en correspondance comme le fit Célestin Freinet en son temps.
À savoir
Accolez toujours le voyage à une structure associative du type coopérative scolaire, maison des lycéens, association communale... Ce sera beaucoup plus sain pour la gestion des recettes et dépenses. Et les questions d’assurance en seront simplifiées : l’assureur de l’association sera votre interlocuteur unique.
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Moins loin, moins cher : réduire le coût d’un voyage scolaire
Quand vous savez où vous allez, vous devez réfléchir au budget. Avec l’idée maîtresse de vous adapter aux ressources familiales pour ne laisser aucun élève au bord du chemin. Beaucoup d’agences spécialisées proposent des voyages scolaires clés en main et tout inclus. C’est très pratique et sécurisant, mais ce ne sera généralement pas la solution la plus économique ! Plusieurs solutions peuvent être envisagées :
- Un voyage organisé par vos soins sera beaucoup plus à la portée des familles. Et ce sera souvent un élément déterminant pour décrocher des subventions.
- Partir moins loin : un voyage scolaire réussi n’est pas forcément lointain. Chaque kilomètre non parcouru est une économie.
- Jouer sur la durée : un voyage de deux jours vaut mieux que pas de voyage du tout.
- Les compagnies régionales de train (TER) proposent des tickets à 1 €.
- Les voyages en groupe (> 10) de la SNCF sont assortis de réductions de 60 % de 4 à 12 ans, 30 % de 12 à 27 ans et 10 % pour les accompagnateurs.
- Choisir la période : le prix des hébergements peut varier du simple au double en fonction des saisons.
- Pique-niquer le midi.
- Regarder les hôtels : une demi-pension à l’hôtel est parfois plus avantageuse que l’auberge de jeunesse, par exemple en négociant 4 élèves par chambre.
- Loger dans les familles : généralement retenue dans le cadre des échanges et correspondances, c’est la solution la plus économique et aussi la plus sûre en termes de sécurité des élèves. Elle implique généralement la réciprocité : vous accueillerez à votre tour la classe qui vous a hébergés.
- Et si vous débutez dans le métier, n’hésitez pas à contacter les anciens de votre établissement : ils ont peut-être gardé des contacts précieux dans leur carnet d’adresses.

N’improvisez pas !
Taux d’encadrement, responsabilités des uns et des autres, transport, assurance… Le voyage scolaire est entouré de normes strictes destinées à assurer au maximum la sécurité des participants.
- Retrouvez nos conseils MAIF pour organiser une classe de découverte.
- La Jeunesse au plein air propose un guide très complet sur la réglementation des sorties et voyages scolaires (6 €).
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Prendre son temps et sonner aux bonnes portes
La préparation d’un voyage scolaire s’anticipe un an à l’avance, parfois plus. Si possible, constituez une équipe qui permettra de partager les tâches : collègues enseignants, vie scolaire, chef des travaux, parents d’élève… Votre chef d'établissement doit être mis dans la boucle et informé le plus tôt possible. Sans sa validation, rien ne sera d’ailleurs possible. Il pourra apporter une première obole au projet si les finances de l’établissement le permettent. Vient ensuite la deuxième étape, et non des moindres : le bouclage du budget.
- Sollicitez toutes les collectivités territoriales : commune, département, région, ministère, Europe...
- Les voyages thématiques peuvent bénéficier de subventions particulières : par exemple, le ministère des Armées pour les voyages en lien avec l’histoire militaire (Verdun, Austerlitz, Invalides…).
- Des associations et fédérations peuvent aussi soutenir votre projet de plein air (un exemple ici).
- Vous pouvez aussi organiser une cagnotte en ligne sur le site spécialisé La trousse à projets.
- Il est possible et autorisé de demander un reste à charge aux parents d’élèves. L’assistante sociale peut intervenir en faveur des familles qui sont dans l’incapacité d’y faire face.
L’autofinancement est compliqué à mettre en place. En contrepartie, il peut être très formateur et impliquant. S’il réussit, les élèves s’approprieront d’autant mieux le voyage. Les possibilités sont infinies : vente de journal scolaire ou de pâtisseries pendant les récréations, spectacle payant, rencontre sportive de gala…
Bien remplir votre dossier de demande de subventions
- Pour les financeurs, c’est souvent l’aspect pédagogique qui est jugé en premier.
- Un projet inclusif sera un argument majeur : emmenez toute la classe, ne laissez aucun élève sur le quai.
- Votre projet devra autant que possible incarner l'identité de votre établissement.
- Pour un dossier Erasmus +, il faudra relier le projet aux priorités du moment (la citoyenneté, le climat, l'environnement…).
Le saviez-vous ?
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Des voyages plus lointains, plus chers…
Certains enseignants particulièrement déterminés réussissent des voyages très ambitieux.
En octobre 2018, une classe du lycée Saint-Exupéry de Saint-Raphaël (83) est partie en Inde. Les familles ont acquitté la moitié de la somme et une subvention du conseil régional a permis de boucler le budget. Il s’agissait d’un échange : les lycéens ont vécu au rythme de leurs hôtes, suivant leurs cours, participant aux activités et habitant chez eux… Attention cependant, malgré la préparation, les élèves ont été choqués par la pauvreté qui est visible dans les rues de Delhi. Les codes d'hygiène et les goûts alimentaires sont complètement différents des nôtres !
, avertit Aurélie Eloto, prof agrégée d’histoire et maître d’œuvre de ce projet. Six mois plus tard, les lycéens indiens étaient accueillis sur la Côte d’Azur.
Au printemps 2026, Steve Moreau, prof d’histoire au collège Jean-Zay de Niort (REP +), a emmené une classe de 3e aux camps d’Auschwitz et Birkenau. Le projet a bénéficié du soutien logistique et financier de l’association Mémoire Partagée, qui organise chaque année plusieurs voyages pédagogiques en souvenir des victimes du nazisme. L’association a apporté la moitié du budget, que Steve Moreau a passé près de 18 mois à compléter ! Ce projet s’inscrit dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation, auquel les classes de Steve Moreau participent régulièrement.
