Être prof, un atout pour être super-parent ?

Eric Berbudeau, Rédaction de MAIF Mag

9 min


Créé en juin 2026

Intuitivement, quelle serait votre réponse ? Est-ce que globalement votre profession favorise la réussite scolaire de vos enfants ? Causalité ou corrélation ? Nous avons sorti les études, croisé les résultats, cherché les bonnes sources… La conclusion est sans appel. Va-t-elle vous surprendre ?

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L’info du jour : les enseignants ont (parfois) des enfants !

« T’en as pas marre parfois ? » Bien que consacrant tout leur temps professionnel à des enfants ou de jeunes adultes, au plus près de ces situations de parentalité pas toutes idéales, les enseignants ont parfois des enfants. Ils en ont même plus souvent que les autres cadres de la catégorie A de la fonction publique d’État, nous indique cette étude (DEPP 2026). Des chiffres qui témoignent d’une belle vocation éducative chez ces personnels, prêts plus que les autres à consacrer tout leur temps, pro et perso, à faire œuvre d’éducation. Évidemment, nous ne prendrons pas le risque de tout confondre : avoir des enfants et avoir des élèves, ce n’est pas pareil. Et nous profiterons de cette étude pour relever que 18 % des enseignants vivent en couple avec un autre enseignant. Quand nous parlons des enfants d’enseignants, certains sont donc le fils ou la fille de deux profs. Et cela pourrait compter double 😊.

Cette infographie de la DEPP de 2023 montre que les enseignants sont « plus souvent parents » que d’autres personnels de la fonction publique d’État (catégorie A).

Source : Note d’information, n° 26.02. Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale.

Constituant une catégorie socioprofessionnelle importante1, quantitativement et sociologiquement, les enseignants sont évidemment scrutés à la loupe par les statistiques.

Cela n’empêche pas l’opinion publique de construire aussi des imaginaires sur les profs, distincts des profils sociologiques connus. Et dans ce brouhaha des idées reçues, il y a cette affirmation : les enseignants ne seraient pas les meilleurs parents…

Réputés pour leur capacité à gérer une classe entière, ils seraient paradoxalement démunis face à leurs propres enfants. Trop exigeants ? Trop pédagogues ? Trop fatigués après une journée d’école ? Cette idée reçue, tenace, mérite d’être examinée à la lumière des pratiques réellement observées et des recherches sur la parentalité des enseignants. C’est l’objet de ce dossier.

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À l’école du parent modèle

Quand il s’agit de devenir parent, les enseignants ont une chance incroyable : ils croisent beaucoup de parents ! Surtout dans le primaire. Nous savons bien que les relations avec les parents d’élèves ne sont pas toujours faciles, mais il n’empêche que c’est une chance que d’être confrontés à tous ces modèles parentaux. On peut ainsi s’en inspirer, ou bien s’en écarter le plus possible. Pour ne jamais ressembler à la mère du petit Léo, qui vous adresse de charmants messages sur Pronote. Dernier en date : « cépa possible d’être aussi naze ». Ou du papa-poule de Jade qui vous inonde de mails pour vous convaincre que sa fille est HPI dyspraxique et qu’avec quelques efforts d’adaptation de votre part, elle pourrait sauter deux classes…

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Mais c’est possible de s’assurer !

Au cours de l’année scolaire 2024-2025, le taux d’incidents graves signalés s’élève à 14 pour 1 000 élèves dans les collèges et lycées, contre 4 pour 1 000 élèves dans les écoles. Même si ces signalements sont en léger recul par rapport à l’année scolaire précédente, ils traduisent une situation inquiétante, subie par les enseignants.

Notre exemple de l’insulte sur Pronote est une réalité : dans les établissements scolaires, la moitié des atteintes aux personnes repose sur des violences verbales.

Et la note d’info de la DEPP indique : « Parmi les incidents graves signalés, 59 % sont commis par des élèves dans le premier degré et 92 % dans le second degré. Des atteintes sont également commises par les familles d’élèves, 30 % des cas dans le premier degré et 3 % dans le second degré. »

MAIF connaît ces situations. Parce que nous sommes l’assureur N° 1 des enseignants2, nous sommes là pour vous accompagner dans votre métier : assurance professionnelle, ressources pédagogiques, mentorat...

Bien sûr, dans cette riche galerie de parents de vos élèves, il y en a probablement deux ou trois qui ont des qualités inspirantes. Profitez-en, développez votre parentalité à leur contact. C’est gratuit, c’est offert par le ministère de l'Éducation nationale 😊. Dès vos premières années d’enseignement, vous en saurez plus sur la parentalité que n’importe qui. Il ne vous reste qu’à faire le tri, dans cette connaissance polymorphe, pour vous tailler un habit de parent sur mesure. Un habit de super-parent !

Au contact de (presque) tous les parents de vos élèves, vous avez une vision riche de la parentalité, dans toute sa diversité et sa complexité.

Crédits : monkeybusinessimages/GettyImages

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Le pédago pour deuxième langue

Il a fallu un long confinement total pour que les parents d’élèves découvrent qu’il n’est pas donné à tout le monde d’enseigner. C’est dommage. Pourtant, des études, certes confidentielles, avaient relevé que vous excelliez, comme prof, évidemment, mais aussi en tant que parent. Par exemple, cette étude a prouvé, après une immersion dans des familles d’enseignants, combien vous êtes aptes, chez vous, « à prendre en charge de façon très professionnelle le double cadrage, affectif et cognitif, de ces exigences (scolaires) ». Quand il s’agit d’aider vos enfants à réviser, à apprendre des cours, à réaliser des exercices, vous devenez de redoutables éducateurs composites, moitié parent, moitié prof. Et mieux que d’autres, vous les conduisez vers l’autonomie…

Bien sûr, on ne peut réduire les qualités d’un « super-parent » à ses seules capacités à mener ses enfants vers la réussite scolaire. Être mère ou père, c’est aussi assurer dans le care (nourrir, soigner, protéger, etc.) et offrir un cadre épanouissant à son fils ou sa fille. Les études ne nous disent pas si les enseignants sont bons en cuisine, mais elles nous renseignent assez bien sur la réussite scolaire de leurs enfants. Ne soyez pas surpris. Vous n’avez pas atteint ce niveau d’expertise en didactique et en pédagogie par hasard !

  • Qui a passé des week-ends à lire Piaget, Meirieu et Dehaene ?
  • Qui est abonné aux Cahiers pédagogiques ?
  • Qui fait son jogging en écoutant des podcasts de Canopé ?

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Homogamie et réussite scolaire

Si toutes les données montrent que les enfants d’enseignants surperforment scolairement, ce n’est pas parce qu’ils gèrent leur progéniture comme des « élèves à domicile ». Au contraire, certaines études indiquent même qu’ils consacreraient moins de temps aux devoirs scolaires de leurs enfants.

« Nous avons constaté que les parents-enseignants font très rarement réaliser du travail supplémentaire à leurs enfants, et que ces derniers ont tendance à travailler en dehors du temps scolaire moins longtemps que la durée préconisée en fonction de leur classe », souligne Léa Le Boucher dans son mémoire de Master MEEF. Surprenant, non ?

Par ailleurs, selon cet article qui synthétise l’état de plusieurs recherches sur les profs parents, « les enseignants font preuve d’autres compétences pédagogiques à la maison que celles qu’ils mobilisent dans la salle de classe en donnant notamment une large place à des dimensions expressives généralement absentes des institutions scolaires françaises ».

Et si c’est statistiquement positif d’avoir un parent prof, c’est encore mieux d’en avoir deux :

« Environ un tiers des enfants de deux enseignants sont diplômés d’un cursus d’élite, ce qui est bien supérieur à la moyenne et qui les rapproche des enfants de deux parents cadres », constate cet article de la Revue française de pédagogie, qui détaille d’autres « combinaisons parentales hétérogames également favorables à la réussite scolaire ».

Cette revue a consacré tout un numéro aux « pratiques éducatives des parents enseignants ».

Est-ce que, plus que d’autres, les enfants d’enseignants auraient les « codes » pour réussir en classe ? La compréhension des règles et des attentes de l’institution, un respect des enseignants, voire une relation plus chaleureuse avec les collègues de leurs parents...

Crédits : FatCamera/GettyImages

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Les héritiers du capital culturel

Dans leur rôle parental, les enseignants ont des atouts en relation avec leur profession :

  • Ils savent diagnostiquer les forces et faiblesses scolaires de leurs enfants.
  • Ils adaptent leurs méthodes pédagogiques au foyer.
  • Ils peuvent instaurer un cadre éducatif clair et cohérent.
  • Ils possèdent des capacités d’aide aux devoirs supérieures à la moyenne…

Mais ils offrent aussi à leurs enfants un capital culturel qui manque à tant d’autres. Cela correspond à une large palette de réalités possibles, mais cela peut se traduire par la place accordée aux livres dans un foyer, des sorties culturelles régulières, le goût d’apprendre des choses nouvelles…

Une maison où Arte est plus souvent regardée qu'ailleurs, ça change quoi pour un enfant ?

C’est un détail, mais c’est peut-être aussi cela qui peut distinguer les enfants de profs, ces « bêtes à concours » comme le titraient Les Échos.

« C'est intéressant de voir que les enfants de profs font mieux que ceux des cadres supérieurs et qu'au final c'est la dernière catégorie des classes moyennes pour qui l'ascenseur social fonctionne malgré des ressources financières très limitées », constate Guillemette Faure, coauteure de Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux (Les arènes, 2019).

Rares sont les professions dont on attend une telle culture générale ! Fortement dotés en capital culturel, les enseignants peuvent très naturellement en faire profiter leurs enfants.

Crédits : Tom Werner/GettyImages

Si toutes ces études et données convergent pour vous placer sur le piédestal de la parentalité, la médaille a aussi un revers. Aux yeux de certains, les réussites scolaires de vos enfants sont suspectes. Depuis Bourdieu et Passeron (Les héritiers, 1964 ; La reproduction, 1970), vous seriez les complices d’un système qui « redouble les inégalités sociales en pérennisant une véritable aristocratie scolaire » qui profite notamment à vos petits… Bien sûr, tous les débats pour rendre l’école plus juste et plus inclusive méritent d’être ouverts. Mais il y a le Système, avec une majuscule, très perfectible… et il y a vous, avec une pratique bien ancrée dans des idéaux militants. C’est par votre engagement, votre capacité à répondre à tant de questions, votre qualité d’écoute que vous serez un modèle pour vos enfants. À la fois meilleur prof et meilleur parent !

Crédits photo de Une : Catherine Delahaye/GettyImages.