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MON PREMIER PROJET DE CLASSE

On pense souvent à l’école comme le lieu de préparation à la vie d’adulte, à ses codes, ses droits et ses devoirs. Pourtant, comme le résume très bien John Dewey, philosophe américain du début du xxe siècle, « l’école n’est pas un moyen d’adapter l’enfant à la société des adultes ; l’école est la société où l’enfant se prépare à la société qui sera la sienne demain » (Dewey, 1916). Mais comment faire alors pour regarder l’école comme une société à part entière dont les élèves et les adultes se sentent co-responsables ? Comment permettre une « cohabitation harmonieuse » et développer le sentiment d’appartenance à un collectif ? Le projet de classe puise dans les pédagogies actives pour engager les élèves dans leurs apprentissages en fédérant un groupe autour d’un projet commun. Dans ce projet, on fait, on construit… et on apprend ! À travers la mise en oeuvre des programmes, l’implication des élèves dans la vie de la classe ou leur engagement dans des actions collectives, cette fiche pratique propose des pistes concrètes pour une démarche de projet qui favorise le vivre-ensemble dans la classe et à l’école. Concernant les aspects logistiques de l’organisation de projets, sorties et voyages scolaires, la fiche pratique « Ma première sortie scolaire » vous apportera des conseils pratiques en vue de leur préparation.

jeune enseignant

Conseils pratiques

  • Engager les élèves dans des projets collectifs

    Les tiers-lieux, ces espaces ouverts à divers publics, en sont la plus récente manifestation : pour mieux vivre ensemble, il faut faire ensemble. En effet, pour améliorer le climat scolaire, il ne suffit pas de viser le bien-être de chacun des membres de la communauté indépendamment. Une dimension collective doit être donnée à une telle entreprise. Les projets collectifs, culturels, sportifs ou autres, ne manquent pas dans un établissement. Leur impact sur le vivre-ensemble dépend notamment de l’étendue du public concerné (élèves, professeurs, parents, agents...) et du degré d’implication des élèves dans leur conduite

    Choisir et s’impliquer dans un projet collectif
    • Informez-vous sur les projets existants. Qu’ils soient à l’année ou sur une semaine, proposés pour la première fois ou mis en oeuvre depuis quinze ans, artistiques, culturels ou d’éducation à la citoyenneté, les projets font la vie de votre établissement. La prérentrée est traditionnellement l’occasion de faire le point sur les projets prévus dans l’année. Professeurs d’EPS, infirmiers ou encore référents culture, les porteurs et porteuses de projet cherchent bien souvent des collègues pour les aider. Participer à un projet, c’est bien souvent l’occasion d’exprimer différemment son engagement professionnel, autrement qu’à travers la transmission de son savoir académique. C’est aussi l’occasion de voir les élèves et ses collègues sous un autre angle et de créer du lien social dans l’établissement.
    • Mesurez le temps et l’investissement demandés. C’est le revers de la médaille. Les projets sont pour la plupart menés hors temps d’enseignement. Vous devez alors combiner les différentes tâches qu’ils demandent avec la préparation de vos cours, la correction des copies, etc. Aussi, avant de vous engager dans un projet, prenez le temps de bien l’appréhender, vérifiez qu’il correspond bien à l’image que vous vous en êtes faite et quantifiez le travail qu’il va vous demander : quelques heures ? plusieurs jours ? des mois ? Une fois ces précautions prises, foncez ! Vous n’aurez peut-être pas un retour sur investissement immédiat mais soyez sûr d’une chose : vous en retirerez de l’expérience professionnelle et de nouvelles compétences.
    • Proposez un projet. Après avoir encadré une sortie au théâtre, un atelier au musée ou participé à un voyage scolaire, nul doute que l’envie de lancer votre propre projet vous prendra. Qu’il s’agisse d’un club de programmation ou d’un dispositif de lutte contre le décrochage scolaire, votre idée contribuera sûrement à développer ces liens sociaux qui participent d’un bon climat scolaire. De l’idée à la réalisation, attendez-vous à un chemin accidenté. La première étape consiste sûrement à en parler à des collègues et observer l’accueil réservé à votre idée. Tournez-vous vers les plus optimistes sans fermer totalement l’oreille aux avertissements et inquiétudes des plus réticents. Entourez-vous d’une équipe, puis présentez votre idée à la direction de l’établissement. Cette dernière vous sera d’une grande aide pour envisager tous les aspects de votre projet : cadre institutionnel, légal, logistique, articulation avec les projets existants, avec le calendrier de l’année, etc.
    • Anticipez la mise en oeuvre de votre projet. Bien que vous en soyez à l’initiative, le caractère collectif de votre projet force l’anticipation. S’il s’agit d’une sortie, une participation financière des familles doit être discutée en conseil d’administration ou en conseil d’école. Notez qu’aucune participation financière ne peut être demandée dans le cadre d’une sortie obligatoire. Un projet éducatif, lui, aura vocation à être débattu au sein du CESC (Comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté dans le second degré). S’il s’agit d’un projet disciplinaire ou interdisciplinaire, vous gagnerez sûrement à en informer votre corps d’inspection. Dans le cas d’une innovation, le Conseil académique en recherche-développement, innovation et expérimentation (Cardie) pourra vous aider à monter, suivre et valoriser votre action.
    • Valorisez et accompagnez les projets à l’initiative des élèves. Il n’est pas toujours facile pour des élèves de prendre des initiatives dans leur établissement. Aussi, lorsqu’une telle occasion se présente, essayez de ne pas passer à côté. On le sait bien, trois élèves peuvent venir à la fin d’un cours pour proposer une initiative, mais c’est justement l’heure de la journée où, dans le second degré, par exemple, l’enseignant doit changer de salle, qui se trouve évidemment deux étages plus bas… Si cela vous arrive, proposez-leur un rendez-vous, même dix minutes mais au calme, pour qu’ils vous présentent leur idée. Les élèves ont une vision souvent juste des besoins et difficultés de leur camarades, et soutenir leur projet pourrait vous offrir de belles surprises et une grande satisfaction.
    Connecter les projets éducatifs avec les apprentissages scolaires
    • Faites des ponts entre votre programme et les projets de l’établissement. En effet, il faut éviter de faire ressentir aux élèves qu’il y a d’un côté les projets collectifs et concrets où l’on prend du plaisir et de l’autre les cours abstraits. En revanche, si vos élèves perçoivent qu’en participant à votre cours, ils contribuent à la réussite d’un projet qu’ils mènent par ailleurs, non seulement ils s’y impliqueront davantage, mais il y a de grandes chances aussi pour que leurs apprentissages soient ancrés plus en profondeur. Par ailleurs, dans ce cas de figure, le temps de travail sur le projet n’est pas « pris » sur vos séances de cours, un « plus » lorsque l’on court après le programme.
    • Enseignez un thème du programme selon une pédagogie de projet. Certes, dans ce cas, il faut intégrer des temps nécessaires à la réalisation du projet : une phase de « rêve » où les élèves s’approprient et influent sur la direction que va prendre le projet, mais aussi une phase de recherche, de planification, de création, d’évaluation, de partage des productions… Cela peut sembler chronophage… et ça l’est d’un certain point de vue. Mais c’est aussi l’occasion pour vos élèves de développer un ensemble de compétences psychosociales, comme l’esprit critique, l’empathie, la gestion de ses émotions... autant de compétences essentielles pour vivre ensemble mais difficiles à développer dans un cadre disciplinaire exclusif. Par le biais du projet, ils développent leur autonomie et apprennent à entrer efficacement en relation les uns avec les autres.
    • Organisez l’intervention d’une personne extérieure dans votre cours. Expert, chercheur, professionnel, membre d’une association : un intervenant extérieur peut vous aider à donner du sens à votre séquence pédagogique. En tant qu’enseignant, pourtant, vous faites aussi figure d’expert aux yeux de vos élèves. Mais laisser le devant de la scène à un(e) spécialiste du monde extérieur donne une valeur pratique et concrète à votre enseignement. Cela montre aussi à vos élèves que vous êtes capable de vous décentrer : si vous êtes l’organisateur de l’acquisition des savoirs, ceux-ci ne passent pas systématiquement par vous.
    • Organisez un voyage scolaire. Plébiscités par les élèves, les voyages scolaires ou les classes découverte sont l’occasion de nouer des relations plus fortes. Ils vous permettent de montrer un autre visage de vous-même, toujours professionnel, mais hors des murs de la classe et de la relation pédagogique habituelle. Là encore, utilisez l’opportunité du voyage pour offrir à vos élèves une approche différente des apprentissages scolaires. Une fois de retour à l’école, vous pourrez bénéficier à la fois d’une ambiance de classe plus complice, plus solidaire et d’un ensemble d’expériences vécues en commun sur lesquelles construire de nouveaux apprentissages.
    • Proposez un dispositif de « classe ouverte » à vos collègues. Si le vivre-ensemble à l’école est d’abord pensé sous l’angle des relations entre élèves, ou celui des relations entre enseignants et élèves, ne négligez pas l’impact des relations entre les adultes de l’établissement. Par exemple, des pratiques enseignantes cloisonnées rendent difficiles la communication et le suivi des élèves. Aussi, proposez aux collègues volontaires d’inscrire dans un planning un ou plusieurs créneaux sur lesquels ils acceptent d’ouvrir leur classe à leurs pairs. Ces derniers s’inscrivent ensuite pour venir observer leur collègue en situation. S’en suit alors une discussion informelle, souvent tout aussi riche qu’une formation classique.
    Repenser le temps et les espaces scolaires avec les élèves

    L’organisation du temps comme celle de l’espace sont deux éléments indispensables au succès d’un projet de classe. Impliquer les élèves dans des améliorations de leur environnement spatio-temporel contribue à les rendre davantage responsables et acteurs de leur école. Par ailleurs, il n’y a rien de tel pour obtenir l’adhésion à un projet de classe.

    • En début d’année, accueillez collectivement tous les élèves. Que ce soit une journée, une demi-semaine, voire une semaine, une période d’intégration des nouveaux élèves leur permet de se rassurer, de prendre leurs marques. Bien entendu, une telle organisation demande de l’anticipation. Là encore, impliquez les élèves plus âgés ou anciens dans la préparation d’activités de découvertes, ludiques, sportives ou de type « brise-glace ». Le jeu du « cow-boy » est un bon exemple puisqu’il nécessite, pour l’emporter, de connaître sur les prénoms de ses camarades de jeu. C’est au cours d’activités partagées par tous que se construit un « esprit » d’établissement, autour de valeurs affirmées collectivement. Un système de tutorat ou de parrainage peut aussi être mis en place entre les nouveaux élèves et les plus anciens.
    • Interrogez l’ensemble de la communauté éducative. Vous pouvez pour cela faire passer un questionnaire sur les conditions de vie à et autour de l’école. Pour enrichir votre consultation et impliquer davantage la communauté, proposez un mur de post-its, par exemple partagé en trois colonnes : « j’aime… », « j’aimerais… », « et si… ? ». Vous pourriez être surpris par des idées créatives, voire disruptives : « et si on supprimait les sonneries pour le bien-être de tous ? ». Rassemblez ensuite une équipe représentative des différentes catégories d’usagers de votre école pour analyser les réponses, faire du lien et émettre des propositions.
    • Participez à la mise en valeur d’un espace parents dans votre établissement. Depuis la loi d’orientation et de refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013, l’aménagement d’un « espace parents » est attendu dans chaque établissement scolaire. Pourtant, dans les faits, très peu d’établissements ont effectivement un tel espace fonctionnel. C’est l’occasion de questionner une dimension importante de votre école : l’accueil des usagers. Savoir accueillir les parents, c’est aussi leur montrer qu’ils font partie d’une communauté éducative au sens large, qu’ils ont un rôle à jouer dans la réussite, non seulement de leur enfant, mais aussi de son école.
    • Proposez un atelier ouvert à tous pour repenser un espace de l’école. Comment améliorer le CDI ? Le self ? Comment aménager un espace de travail commun aux professeurs et aux élèves ? Autant de questions dont les réponses ne seront vraiment pertinentes que si elles sont coconstruites par une diversité de participants : personnels, élèves, mais aussi parents, représentants des collectivités... Des techniques de créativité peuvent vous aider à faire émerger des idées nouvelles, sélectionner les meilleures et prototyper le nouvel espace. C’est le cas par exemple de la boîte de jeu Archilab du projet Archiclasse, porté par la Direction du Numérique pour l’éducation.
    • Organisez un « hackathon » sur les espaces et/ou le temps scolaire. Si vous n’avez jamais participé à un tel événement, essayez par exemple avec les plus grands le Créathon, organisé par le réseau Canopé. Inspiré des concours de hackers, un hackathon est une compétition longue (souvent 12 h ou 24 h, mais on peut faire plus court), dynamique et bienveillante. Les équipes engagées doivent présenter une solution concrète et créative à un unique problème donné au départ. Dans un contexte scolaire, il s’agit, par exemple, d’organiser une journée avec tout ou partie de la communauté éducative autour d’un défi tel que « Proposez une transformation de la cour de récréation qui favorise l’égalité entre les filles et les garçons » ou « Construisez l’emploi du temps d’une journée idéale d’un point de vue pédagogique ET chronobiologique ».
    • Repensez votre salle de classe avec vos élèves. Selon une étude britannique menée sur près de 5 000 élèves de primaire, (BARRETT, P., 2015), l’environnement physique explique 16 % des variations de résultats des élèves aux examens. Il en ressort que votre salle de classe a un impact non négligeable sur la réussite de vos élèves. On compte parmi les facteurs importants : la lumière, la qualité de l’air, le sentiment d’appartenance ou encore la modularité du mobilier. Vous pouvez vous inspirer du projet européen Future Classroom Lab. Porté par la Direction du numérique pour l’éducation. Il propose d’aménager des zones d’apprentissages en fonction du type d’activité que mènent vos élèves. Future Classroom Lab dispose en France d’un réseau d’ambassadeurs dans de nombreuses académies. Il y en a sûrement un près de chez vous.
  • D’après une étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance menée au Collège en 2013, plus de 90 % des collégiens disent se « sentir bien » dans leur établissement. L’étude montre que ce sentiment de bien-être relève d’abord d’une bonne relation entre élèves et d’un sentiment de sécurité qui augmente avec le temps. En revanche, c’est la relation aux adultes qui se dégrade de la 6e à la 4e. La façon dont l’enseignant, en particulier, interagit avec sa classe est ainsi un facteur-clé pour mieux vivre ensemble à l’école. Il peut pour cela s’appuyer sur un contrat de communication clair et partagé, et favoriser des activités coopératives. Il peut aussi, seul ou en groupe, prendre un pas de recul et identifier les meilleurs gestes professionnels en faveur du bien-être de sa classe… et du sien.

  • Parmi les compétences indispensables à développer chez les élèves, l’institution scolaire met en avant l’autonomie, la responsabilité, l’ouverture aux autres ou encore le respect d’autrui, un des quatre savoirs fondamentaux présentés par le ministère depuis 2018. En participant à la construction de ces compétences dites « sociales », l’enseignant met ses élèves en capacité de s’engager dans un projet et favorise, en retour, le vivre-ensemble dans sa classe. Il peut s’appuyer, pour cela, sur les programmes, mais aussi sur des dispositifs dédiés, comme le parcours citoyen ou les instances démocratiques de son établissement.

On a testé pour vous !

3 dispositifs pour favoriser les projets collectifs et le vivre ensemble en classe

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