VIOLENCES FAMILIALES
Le rôle des enseignants dans la prévention de la maltraitance des enfants
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Le rôle des enseignants dans la prévention de la maltraitance des enfants

La maltraitance des enfants, et particulièrement celle à caractère sexuel, bouleverse l'opinion public. Pour beaucoup, elle est le plus grave des maux de notre société. Les enseignants, et autres professionnels de l'éducation, se trouvent souvent en première ligne, et se doivent d'agir vite et avec pédagogie. L'enjeu est primordial : épargner l'enfant, victime de sa faiblesse physique, de sa dépendance économique et juridique. Voici les pistes élémentaires qui permettent de mieux comprendre la maltraitance, ses indices et ses conséquences. Puis, pour agir au mieux, tentons de cibler les difficultés à intervenir, le comportement à adopter et la marche à suivre face à une victime.

La maltraitance aujourd’hui

Les chiffres sont accablants. L’association " Allo enfance maltraitée " dévoile qu’en 2009 plus de 100000 enfants seraient en contact avec la maltraitance, en France. Presque 20000 d’entre eux la subiraient directement. Ces maltraitances prennent différentes formes : cela peut aller des violences psychologiques, verbales, aux violences physiques, aux tortures voire aux violences sexuelles.

Inès Angelino, responsable pédagogique et formatrice au sein de la Fédération des Relais enfants- parents, et auteur de l’ouvrage L’enfant, la famille, la maltraitance, nous apprend que les violences exercées sur mineurs peuvent éclore de partout. " Des adultes ou d’autres jeunes, des personnes proches de l’enfant, en qui il a confiance, des membres de la famille immédiate ou élargie, des voisins...autant de personnes capables de faire jouer leur autorité sur un mineur ". Ces brutalités reçues se manifestent de plusieurs façons chez une victime.

Les indices

Les signes qui permettent de dire qu’un enfant est maltraité ou non, ne sont pas toujours évidents à interpréter. Il est difficile d’interroger les professeurs sur le sujet, ces derniers étant tenus au secret professionnel. Une jeune enseignante de maternelle en banlieue proche de Paris, accepte toutefois de témoigner : " Au-delà des cas d’urgence, il existe des symptômes qui peuvent être repérés en milieu scolaire. Il est primordial d’y faire attention ".

Selon l’institutrice, les troubles répétés sont de précieux indices. " Je m’occupe de tout-petits, et ils communiquent de manière étonnante en dépit de leur jeune âge. Cela peut passer par une quête affective importante, un état de crispation au moindre contact physique, une attitude exhibitionniste, une apparence souffreteuse, un élève qui ne rit jamais, qui ne demande jamais rien, ou à l’inverse qui réclame une attention excessive ". Autant de repères et de conséquences qui diffèrent en fonction de la personnalité du maltraité.

Les conséquences chez l’enfant

Au-delà des conséquences physiques, les lésions psychologiques touchent à l’affectivité. " Le développement psychologique de l’enfant est menacé " nous apprend Inès Angelino. Selon l’auteur, lorsque l’individu efface les expériences pénibles de sa mémoire, il occulte également des tranches de vies. Sa capacité à apprendre et à faire face au changement s’en trouve alors affectée. Il peut également être obsédé par le passé, manière de revivre les moments choquants, sans parvenir à les dépasser. Tout ceci provient de l’emprise de l’adulte sur l’enfant. La discrétion fait partie de la relation du martyr à son bourreau. " Seule la combinaison de plusieurs messages qu’un élève transmet permet de repérer la maltraitance " explique l’institutrice de maternelle. D’où certaines hésitations à agir de la part du corps enseignant.

Les difficultés à intervenir

Car c’est bien là que résident les difficultés. Comment identifier une victime et son agresseur, sans être certain de ne pas se tromper ? " Les malmenés sont souvent extrêmement réticents à reconnaître la violence de leurs pairs ", reconnaît l’institutrice. Cependant, tout enseignant ou toute personne qui sait qu’un enfant est maltraité doit le signaler aux services sociaux. Dans le cas contraire, elle s’expose à des sanctions pour non-assistance à personne en danger.

" Chaque intervenant doit jouer son rôle, dans sa fonction, se positionner dans une hiérarchie et dans une stratégie d’action ", rappelle Allo enfance maltraitée. L’association insiste sur le fait que la communication avec un réseau de professionnels permet de passer de la réaction à l’action concertée. Pour l’institutrice interrogée, l’étape la plus importante consiste à instaurer une véritable relation de confiance avec ces jeunes, " tout en sachant rester à sa place " ajoute t-elle.

Savoir écouter un enfant

Inès Angelino rappelle que " l’enfant qui dévoile des mauvais traitements, s’il demande avant tout à être cru, demande également à être soutenu ". Les spécialistes interrogés sont unanimes sur deux règles d’or. La première consiste à ne surtout pas faire passer à l’enfant un interrogatoire. " Ne surtout pas l’étouffer de questions, commente notre jeune enseignante. Il doit sentir qu’on le croit ". La deuxième règle est de lui éviter les interlocuteurs multiples. " Il ne demande pas une protection à tout coup, mais l’arrêt d’une situation dont il a perçu l’anomalie " analyse l’auteur.

L’O.D.A.S., l’Observatoire Décentralisé de l’Action Sociale, dévoile le cas de figure très fréquent de l’intervention d’un camarade en faveur d’un copain violenté. Ce dernier a souvent l’impression de dévoiler un secret. L’enseignant ou l’adulte auprès de qui ce petit allié se confie, doit lui faire comprendre que son ami a besoin d’aide. Il semble nécessaire d’insister sur le bien-fondé de son action. L’ODAS recommande de décider la victime, par le biais de son ami, à en parler lui-même à un adulte en qui il a confiance.

La marche à suivre

Il existe plusieurs façons de prévenir et punir les violences faites aux mineurs. En cas de signalement institutionnel, police ou autre, le dossier est recueilli par l’Aide Sociale à l’Enfance. Il est par la suite communiqué au Président du Conseil Général qui, après évaluation, le transmet ou non au procureur de la République.

En ce qui concerne les enseignants, les interventions sont, le plus souvent, directement adressées au procureur. Lorsqu’une affaire est signalée au substitut du procureur, celui-ci, en cas d’urgence, peut ordonner la remise provisoire de l’élève maltraité à un centre d’accueil ou d’observation. C’est ce centre qui saisira alors le juge des enfants dans un délai très réduit.

Avant d’agir, il est recommandé aux professeurs de s’associer à différents professionnels qui peuvent apporter un point de vue complémentaire. Chefs d’établissements, psychologues scolaires, infirmières, assistante social, EJE...autant de corps de métiers que de compétences spécifiques adaptées à un aspect du problème.

Il existe également des services de téléphonie sociale d’urgence, destinés à recevoir les appels d’enfants en danger, ou témoins de telles situations. Parmi ces numéros d’urgence, le 119 est un numéro gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 h sur 24. Pour ces appels, aucune information sur l’appelant n’est disponible. Ce n’est que dans le cas où l’appel donne lieu à une transmission ou à une aide immédiate, que l’on est renseigné sur la personne appelante.

Liens utiles
119 – Allo enfance maltraitée
www.allo119.gouv.fr

Adosen
www.adosen-sante.com

Enfance et partage
www.enfance-et-partage.org

L’O.D.A.S., l’Observatoire Décentralisé de l’Action Sociale
www.odas.net

Inès Angelino, L’enfant, la famille et la maltraitance, Paris, éditions Dunod, 1997, 228 p.
Marielle de Bichon, Les violences aux mineurs, Paris, la documentation française, 2009, 119 p.