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L’e-réputation commence par l’éducation à l’image
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L’e-réputation commence par l’éducation à l’image

Dossier réalisé par Coralie Laurier, juin 2014

Facebook, Twitter, multiplication des écrans... Les nouveaux médias diversifient les opportunités de communiquer et d’apprendre, à condition de connaître toutes les règles et de les appliquer.

Net sur le net

" Qui sont vos followers ? Qui suivez-vous ? Voici une sélection de photos et de vidéos tirées de votre compte Twitter, et donc publiques... Pensez-vous qu’elles donnent une bonne image de vous ? ". Ces questions sont extraites du test " Mesdatasetmoi - réseaux sociaux ", disponible sur mesdatasetmoi.fr, un site réalisé en partenariat par la MAIF et Reputation Squad, agence spécialisée dans l’e-réputation. En se connectant directement depuis son compte Twitter, l’internaute répond à 11 questions qui lui permettent d’évaluer son image en ligne. Un autre questionnaire portant sur Facebook existe également sur le site.

Ces quiz ludiques sont ouverts à tous et peuvent se révéler de précieux outils pédagogiques pour les parents et les enseignants. Les jeunes évoluent en effet avec une grande aisance sur les réseaux sociaux, mais leur usage et les conséquences potentielles ne leur apparaissent pas toujours clairement. La plateforme donne une occasion d’évoquer ce sujet d’une façon ludique et non moralisatrice et peut être facilement utilisée par les enseignants et les parents comme un outil pour ouvrir le débat.

Lancer le débat

Les enseignants sont naturellement confrontés à la question. " Il y a parfois des règlements de compte sur Facebook et les élèves en souffrent énormément. Cela peut aller jusqu’à provoquer des absences en classe " témoigne Stéphanie, professeur d’anglais dans un lycée technique du Nord-Pas-de-Calais. " Je leur explique l’importance de l’image et de sa protection sur le web ". Sur l’e-réputation, la confidentialité des données ou l’image sur les réseaux sociaux, des outils se mettent en place. Le site Éduscol répertorie des travaux menés sur le sujet dans de nombreuses académies, par des documentalistes et des enseignants.

Le Brevet informatique et internet, B2i, permet aussi aux professeurs d’aborder la question. " Je m’appuie sur le B2i et sur des fiches de la Cnil pour lancer un débat " explique Virginie Roeckel, professeur de technologie au collège de Bourtzwiller. " Très souvent les élèves ne se rendent pas compte de la visibilité de leurs propos sur les réseaux. Ils sont aussi étonnés quand je leur parle des dangers d’internet, même si une partie en prend conscience ". La page Facebook Éducation parents-profs ouverte par la MAIF en 2013 pour permettre les échanges entre la communauté éducative et les parents, a aussi abordé ce sujet, à travers une vidéo édifiante : " 3 questions sur l’E-réputation " posées à Albéric Guigou, co-fondateur de Reputation Squad, qui donne des conseils simples pour protéger la confidentialité des données.

Se protéger comme enseignant

De l’autre côté de la barrière, les enseignants peuvent être pris à partie sur les réseaux sociaux. La fédération des autonomes de Solidarité Laïque (ASL), analyse depuis cinq ans les dossiers de protection juridique traités dans le cadre de " l’Offre Métiers de l’éducation " proposée en partenariat avec la MAIF. Son dernier baromètre " Climat scolaire et relations dans les établissements " porte sur 5 816 dossiers de protection juridique traités en 2012-2013.
3,35%, soit 195 dossiers, portaient sur un préjudice informatique, soit la mise en cause d’adhérents sur internet. Un chiffre stable par rapport à l’année précédent où 185 dossiers avaient été déposés. Sur les réseaux, les enseignants prennent leurs précautions, en utilisant un pseudonyme ou… en ne s’y inscrivant pas.

Des élèves plus prudents

Pour leur part, les jeunes élèves semblent aussi de plus en plus avertis. " Il y a encore cinq ans, j’entendais des histoires de mises en cause sur Facebook " relate Virginie Roeckel. " Mais je n’ai plus beaucoup d’échos de ce type. Aujourd’hui, les élèves viennent plutôt me voir pour régler des problèmes de matériel informatique ". Michelle Vadam, professeur-documentaliste au CDI dans un collège de Mulhouse, partage ce sentiment. " J’entends même certains élèves aujourd’hui dire qu’ils veulent se protéger des réseaux sociaux. Notre rôle est de les avertir, les sensibiliser aux risques potentiels. Pour le contrôle quotidien, ce sont leurs parents qui s’impliquent ". Elle porte beaucoup d’intérêt à l’éducation à l’image. " Nous sommes à une période charnière, les pédagogues doivent évoluer avec les écrans. Beaucoup de jeunes élèves ne savent pas s’en servir correctement : intégrer une image dans un document Word, gérer des droits d’auteur. Pour eux, l’écran est un jeu, alors qu’il devrait être un outil pédagogique ". Elle travaille en lien avec les professeurs de disciplines sur la recherche d’informations sur internet. Et n’oublie pas les livres, outils essentiels dans un objectif d’éducation globale à l’image et aux écrans.

" Le virtuel ne s’oppose pas à la réalité, il la complète "

L’éducation à travers les écrans, les images, sont des questions qui agitent les pédagogues et les parents. L’Association francophone de psychologie et psychopathologie de l’enfant et l’adolescent (Appea) rassemblait des experts en octobre dernier à la Cité des Sciences à Paris pour un colloque intitulé " Enfants mut@nts ? Révolution numérique et variation de l’enfance ". La MAIF était partenaire de l’événement et les conférences sont disponibles sur youtube.com/educparentsprofs.
Des webconférences ont aussi été organisées, dont une rencontre à Belleville à Paris où intervenait entre autres experts Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste.

Pour lui, les écrans ne menacent pas l’apprentissage, mais exigent des prérequis. " On peut faire un très bon usage des écrans quand on a bien installé à l’intérieur de soi des repères temporels, liés à la culture du livre ". L’image de l’enfant seul face à un écran n’est plus non plus la même qu’il y a dix ans, explique encore Serge Tisseron. " On est en train de réfléchir à la manière dont les interactions avec l’écran peuvent être des sources d’enrichissement, de découverte, de réciprocité, au même titre que la vie réelle. Le virtuel ne s’oppose pas à la réalité quotidienne, il la complète ".

La question est encore creusée et développée lors de deux conférences organisées par la MAIF et disponibles en ligne : l’une donnée par Serge Tisseron sur le thème " La famille face à la révolution numérique " et l’autre signée de Serge Soudoplatoff : " Les mutations internet, impacts sur l’apprentissage ".

Filmer les mots pour apprendre

Les interactions entre les mots et les images sont aussi à l’honneur dans le " Camion des mots ", un véhicule qui sillonne les routes de France à la rencontre des élèves du CE2 à la troisième et de leurs enseignants. L’initiative rassemble les magazines Lire et l’Express, France 3, la MAIF et Renault Trucks. Les élèves préparent un texte en classe, qui est ensuite filmé dans le studio d’enregistrement roulant. L’occasion pour eux de découvrir les coulisses de l’audiovisuel et de poser un œil critique sur les images, et aux enseignants de se saisir des outils pour éduquer aux médias et à l’image. Autant d’initiatives qui permettent de se plonger dans les écrans pour apprendre.

En savoir plus :
Evénement :
  • Conférence de Serge Tisseron le 12 juin à 19 h 30 à Rouen sur le sujet " La famille face à la révolution numérique "
  • Lieu : Salle des conférences (entrée côté rue St Sever) de l’Hôtel du département de la Seine maritime.
  • Inscription
  • Serge Tisseron donnera de nouvelles conférences avec la MAIF sur le même thème à la fin de l’année.