10 conseils pour améliorer vos relations prof-parents

Éric Berbudeau, journaliste MAIF Mag,

15 min


MAJ mai 2023

Le dialogue avec les parents d’élèves, quand il existe, peut être difficile ou même conflictuel. Voici quelques clés pour favoriser l’entente cordiale…

 Les parents d’élèves sont membres de la communauté éducative. Leur participation à la vie scolaire et le dialogue avec les enseignants et les autres personnels sont assurés dans chaque école et dans chaque établissement. 

Article L 111-4 du code de l’éducation

Les quelque 600 témoignages que nous avions recueillis sur notre page Facebook Éducation parents-profs pendant l’été 2018 illustrent combien le dialogue entre enseignants et parents peut être difficile. Avec une facilité déconcertante, sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie, les échanges virent à la critique puis à l’injure. Nous sommes conscients d’aborder ici un sujet hypersensible, qui ne doit pas être tabou pour autant. Il faut le traiter en toute franchise, notamment pour offrir aux jeunes enseignants les outils qui leur permettront de déminer le terrain. Cette liste de dix conseils repose à la fois sur le cadre officiel et sur les nombreux témoignages d’enseignants que nous avons recueillis. Pour prendre en compte le ressenti des parents, nous avons sollicité Magali Bouidène-Briand, créatrice du blog  Parents du XXIe siècle , qui sera le fil rouge de ce dossier.

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Inviter plutôt que convoquer

C’est une question de forme, mais elle a toute son importance ! Pour convier des parents à vous rencontrer, lancez une invitation plutôt qu’une convocation. Ce dernier mot, connoté  procédure disciplinaire , peut en effet faire peur aux parents. Avec des mots de tous les jours, précisez très simplement l’objet de cette rencontre. Vous rendrez ainsi l’invitation moins angoissante. Idéalement, soyez souple en proposant plusieurs dates et horaires, pour que les parents puissent choisir en fonction de leurs disponibilités. N’oubliez pas qu’un rendez-vous à 16h30 pourra obliger certains parents à prendre une demi-journée de congé ou à partir plus tôt du bureau… À leur arrivée, remerciez-les chaleureusement de s’être libérés. Enfin, souvenez-vous qu’il faut parfois adresser deux invitations distinctes, quand ceux qui partagent l’autorité parentale sont séparés.

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Construire l’espace de la rencontre

Une circulaire de 2013 prévoit l’aménagement d’espaces Parents dans les établissements scolaires. Ce sont des lieux « principalement dédiés aux rencontres individuelles ou collectives », pour faciliter la participation des familles, les échanges et la convivialité. Si votre établissement n’en dispose pas, il faut improviser. Mieux vaut éviter la configuration « salle de classe , qui propose aux parents de s’asseoir à la place des élèves. Surtout en petite section ! Tous les parents ne sont pas d’anciens bons élèves, insiste Magali Bouidène-Briand. Pour certains d’entre eux, cette situation va évoquer de mauvais souvenirs. » Installer à part une table et quelques chaises identiques, c’est souligner que la rencontre se joue d’égal à égal. Pour instaurer une relation de confiance, mieux vaut initier un premier contact sans attendre qu’un problème survienne. « C’est intéressant une réunion de tous les parents en début d’année, pour parler de sujets généraux et notamment de ceux qui peuvent être anxiogènes pour nous les parents, apprécie Magali. Les programmes, les projets, le fonctionnement de la classe. Les méthodes aussi. Pour désamorcer des questions comme : pourquoi mon enfant ne fait pas les divisions comme moi je l’ai appris ? »

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C’est le parent votre invité

Bien sûr, vous avez tellement l’habitude de parler à vos élèves que vous serez naturellement tenté de vous adresser à eux, s’ils sont présents lors d’une réunion individuelle prof-parents. C’est un piège qui peut donner aux parents le sentiment d’être exclus de la rencontre, de n’être que des spectateurs passifs. Au contraire, toute votre attention doit se porter sur les parents que vous recevez. N’ayez pas peur de cette rencontre !

Magali Bouidène-Briand utilise une image liée aux mathématiques pour décrire la diversité des situations :  Je crois que les parents, tout comme les profs, se répartissent sur une courbe de Gauss. À un extrême, 10 % sont des pros du dialogue avec qui tout se passe pour le mieux. À l’autre extrémité, 10 % avec qui tout est systématiquement conflictuel. Mais entre les deux, 80 % de parents vont adapter leur comportement à la situation. Face à un prof accueillant et à l’écoute, ouvert aux suggestions, les parents seront eux aussi à l’aise et à l’écoute. C’est pour ces 80 % de parents que les enseignants doivent se construire une sorte de boîte à outils de la relation, pour que tout se passe au mieux…

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Le choix des premiers mots

L’enseignant est à la fois une personne, avec sa personnalité et ses qualités, et le représentant d’une institution, avec des exigences et des règles. Une double contrainte, qui peut provoquer des tiraillements intérieurs mais qu’il faut l’assumer dès les premiers instants d’une rencontre avec les parents. L’exercice est difficile et mérite un minimum de préparation. Il s’agit de trouver la bonne formule pour que les parents ne vivent pas cette rencontre comme un choc ou une humiliation. N’oubliez jamais qu’ils ne savent rien de la vie en classe, hormis ce que leur en a dit leur enfant. En deux ou trois phrases, mettez-les à l’aise en clarifiant l’objet de la rencontre.  Dès lors qu’on ne parle pas d’un problème, mais de la recherche de solutions à un problème, cela change tout, constate Magali Bouidène-Briand. L’objet de ce face-à-face devient : que fait-on pour aider votre enfant, pour sa réussite scolaire et son épanouissement ?  Si vous appréhendez une rencontre avec les parents de vos élèves, vous pouvez préparer quelques phrases d’accueil, en fonction de chaque situation individuelle et en pesant bien chacun des mots… Avec les années, ce prologue deviendra très naturel !

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Faites parler votre corps

Un enseignant heureux, ce n’est pas seulement une tête bien pleine, c’est aussi un corps qui parle et porte tout son enseignement. C’est également vrai lors d’une rencontre prof-parents. Masquer tout signe de gêne, poser sa voix, regarder les parents dans les yeux et surtout montrer sa bienveillance.  Ce n’est pas quelque chose qu’on nous a enseigné, constate Magali Bouidène-Briand. Nous sommes quasiment tous dans l’improvisation et c’est dommage, car ce sont des choses essentielles : montrer son empathie, marquer son écoute, reformuler, laisser son interlocuteur aller jusqu’au bout sans l’interrompre et sans réfléchir à ce qu’on va dire après… 

Autant que les mots, la qualité de votre expression non verbale va influencer le déroulement de la rencontre. Vous en doutez ? Faites des séances d’entraînement avec des collègues et filmez-vous. Vous constaterez vite que c’est comme un sport de combat : plus on répète, plus on gagne en automatisme et meilleurs sont les résultats !

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Acceptez les parents dans leur diversité

S’il n’y a que 10 % de parents d’élèves  pros du dialogue  préparez-vous à ce que neuf fois sur dix, ce soit un peu plus compliqué ! Blindez-vous pour ne pas surréagir aux maladresses, aux remarques sur vos conditions de travail  tellement faciles » ou vos semaines de vacances… Adoptez la sérénité d’un moine zen ! Sachez aussi accepter tous les parents, aussi éloignés de vous qu’ils semblent être. Vous êtes le représentant de l’école de la diversité, vous devez donc aussi accepter les parents dans leur diversité, en restant impassible au choc des habitus qui peut se produire. Plus facilement que lors d’une réunion collective, le face-à-face permet de vous adapter aux parents rencontrés, pour trouver la bonne attitude et surtout un langage commun. J’ai un souvenir personnel à ce sujet, raconte Magali. Une semaine après la rentrée de son petit-fils, la nounou de ma fille était catastrophée, car ni elle ni les parents de l’enfant ne comprenaient les messages adressés par l’école. Ils avaient besoin d’un traducteur pour leur expliquer si c’était important ou non, facultatif ou obligatoire, s’ils devaient répondre… La question d’un langage commun, compréhensible par tous, est très importante !

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Restez bien dans votre rôle

La règle est simple : au moins pour la première partie de l’entretien, c’est celui qui est à l’origine de l’invitation qui doit animer les débats. L’autre partie se contente d’écouter. Ensuite, la parole s’équilibre assez naturellement.

Magali Bouidène-Briand invite toutefois à la prudence :  Pour les parents, même s’ils ont besoin d’être écoutés, l’enseignant reste un professionnel, y compris du dialogue. Dans leur tête, il peut y avoir cette idée que c’est l’enseignant qui sait faire, qui sait mener l’échange. Ils ne savent pas que les enseignants n’ont pas été toujours formés à accueillir les parents et à échanger avec eux. Ce peut être très déconcertant, surtout pour un jeune enseignant qui n’est pas encore un super-expert en tout.  Dans ces cas-là, faire preuve d’empathie, c’est aussi être capable de repérer cette attente possible. Même s’ils sont venus à leur demande pour parler, c’est peut-être vous qui devrez mener l’entretien, pour aider les parents à s’exprimer pleinement.

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Avouez que vous n’êtes pas Super(wo)man !

Handicaps, maladies, troubles de l’apprentissage… Autant de situations qui peuvent affecter la scolarité d’un enfant et exiger des adaptations de votre part. Mais l’injonction des textes réglementaires sur l’école inclusive ne suffit pas. Les enseignants se sentent souvent désarmés face à ces enfants différents et à leurs parents qui ont des attentes extrêmement fortes vis-à-vis de l’école. Comme tous les parents, ils veulent que leur enfant atteigne ce niveau élevé de connaissances qui lui permettra de trouver un emploi et d’être heureux dans sa vie d’adulte. Dans ces cas particuliers, l’enseignant doit être en mesure de dire qu’il n’a pas la formation nécessaire :  C’est une posture d’humilité, mais ça ne doit pas être perçu par les parents comme un constat d’impuissance, pense Magali Bouidène-Briand. Aujourd’hui, quand les parents découvrent que leur enfant est un peu différent, ils vont souvent devenir des super-spécialistes des troubles qui les concernent : ils vont tout lire sur le sujet, participer à des groupes de parents sur Facebook, adhérer à des associations… Les enseignants peuvent profiter de ce savoir que les parents construisent pour leur enfant. 

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Il y a une vie après l’école…

Le plus grand intérêt d’une rencontre prof-parents, c’est de permettre à chacun de croiser des informations. Avec tact, car il ne s’agit pas de vous immiscer dans la vie privée des familles, vous pouvez chercher des pistes de solution avec les familles. Par exemple, pour un élève qui pourrait présenter des signes de troubles de l’attention, vous pouvez demander  J’ai constaté qu’en classe, il n’aime pas rester longtemps en place. Avez-vous constaté la même chose à la maison ?  Magali Bouidène-Briand apprécie cette façon d’échanger :  Cela permet de sortir de la logique accusatoire de l’enseignant qui colle une étiquette “Élève turbulent” sur un enfant. L’enseignant part de ses observations, les confronte à celles des parents. Ensemble, ils peuvent alors voir si des solutions sont possibles… 

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Ne perdez jamais le fil

Une rencontre avec les parents, ce n’est qu’une étape dans une année scolaire. Elle complète les échanges rapides qui ont lieu à la sortie de l’école (mais deviennent très rares au collège et au lycée). C’est un moment important, qui rendra plus humains les échanges qui suivront sur le carnet de correspondance. La rencontre peut se répéter aussi souvent que nécessaire, dans des cas très particuliers. Attention toutefois aux parents invasifs qui aimeraient un point hebdomadaire sur les progrès de leur chérubin ! L’enseignant peut aussi partager avec les parents un résumé écrit de cette rencontre :  C’est une vraie bonne pratique, juge Magali Bouidène-Briand. C’est courant en entreprise, où un bref compte rendu est partagé en sortie de réunion. Et puis ça laisse une trace pour les enseignants qui accueilleront l’enfant l’année d’après…  L’important, c’est de ne pas perdre le fil de cette relation prof-parents, pour qu’elle puisse vraiment bénéficier à l’élève.

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Pour en savoir plus…