Les animaux de compagnie ne sont pas des jouets !

Eric Berbudeau, Rédaction de MAIF Mag

11 min


Créé en décembre 2022, mis à jour le 27 décembre 2022

L’éthique animale, ça vous parle ? Par le biais des animaux de compagnie, elle vient de glisser sa patte dans l’enseignement moral et civique. Un premier pas, très attendu par des associations qui comptent sur les enseignants pour s’emparer du sujet. Avec quelles ressources ? C’est l’objet de cet article.

Offrir dans un paquet cadeau un chat à Noël ? Un hamster pour un anniversaire ? Il faut espérer que la pratique soit devenue rare, tant l’idée d’emballer un animal pour l’offrir à un enfant peut apparaître aujourd’hui comme un mauvais signal adressé au récipiendaire. Un geste qui réduit l’animal à un statut d’objet ou de chose. Et si les parents ne sont pas informés du contenu de ce cadeau particulier, c’est même interdit par la loi : « La cession à titre gratuit ou onéreux aux mineurs d'un animal de compagnie est interdite en l'absence de consentement des parents ou des personnes exerçant l'autorité parentale ». C’est l’une des évolutions apparues dans la loi du 30 novembre 2021 « visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes ».

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La cause animale dans le Code de l’éducation

Un autre article de cette loi concerne directement les enseignants. En effet, un alinéa a été ajouté au Code de l’éducation (article L. 312-15) :  L'enseignement moral et civique sensibilise également, à l'école primaire, au collège et au lycée, les élèves au respect des animaux de compagnie. Il présente les animaux de compagnie comme sensibles et contribue à prévenir tout acte de maltraitance animale .

C’était une demande des associations qui défendent la cause animale, qui ont aussi émis quelques regrets face à la version finale de ce texte. Par exemple, l’association Éducation éthique animale a commenté :  Concernant le texte adopté, nous nous réjouissons de l’intégration du respect des animaux dans les enseignements. Néanmoins, nous regrettons la restriction du champ d’application de cet enseignement aux seuls animaux de compagnie et nous serons bien entendu très attentives à sa mise en œuvre via son décret d’application. Les enjeux sociétaux liés aux relations humains-animaux apparaissent aujourd’hui essentiels. Déjà étudiés sous l’angle des espèces dans l’enseignement de la biodiversité, les animaux n’apparaissaient pas en tant qu’individus sensibles ayant une personnalité. C’est désormais chose faite .

Conférence de Victor Duran Le Peuch

Reconnaître la sensibilité des animaux domestiques, c’est fait, désormais, dans le Code de l’éducation. Mais les associations de la cause animale auront à cœur de faire reconnaître la « sentience » d’autres animaux, autrement dit une capacité à ressentir des émotions et autres expériences subjectives (douleur comme bien-être). Cette conférence donne une idée des recherches dans ce domaine.

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Un foyer français sur deux

Certains de vos collègues vont peut-être réagir vigoureusement :  Je gère ça comment avec ma demi-heure hebdo d’EMC ? . L’ajout d’une thématique nouvelle à l’enseignement moral et civique, dont le référentiel était déjà bien garni, exige effectivement une gestion fine du planning annuel. Mais il faut reconnaître que ce retour de l’éthique animale dans les programmes répond bien à une question de société très actuelle. Par ailleurs, elle concerne beaucoup de monde : un foyer français sur deux aurait un animal de compagnie, selon l’étude effectuée tous les deux ans par la fédération des fabricants d’aliments pour animaux familiers. Dans ce grand bestiaire des Français, il y aurait 26 millions de poissons, 15,1 millions de chats, 13,3 millions d’oiseaux de basse-cour, 7,5 millions de chiens.

La SPA sensibilise les jeunes au respect des animaux

Très engagée contre l’abandon et la maltraitance des chats et chiens, la Société protectrice des animaux intervient souvent dans les établissements scolaires.

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Les animaux sont sensibles, les parents d’élèves aussi

Tel qu’inscrit au Code de l’éducation, cet ajout reviendrait juste à rappeler que les animaux de compagnie sont sensibles, qu’ils méritent le respect et qu’ils ne doivent pas être maltraités. Une limite plutôt consensuelle, qui peut donc principalement être un rappel à la loi, celle qui a prévu une gradation des sanctions en fonction des faits : mauvais traitement, abandon, acte de cruauté. Cela serait une approche très factuelle du sujet.

En revanche, dès lors qu’un début de discussion sera possible en classe, vous découvrirez vite combien ce sujet est complexe et nous bouscule, déclenchant des flots de « pourquoi ? », des questions sans réponses prévues dans le référentiel. En consacrant un séminaire aux relations humain/animal, l’École normale supérieure a d’ailleurs identifié certaines de ces questions lors de la séquence « Pourquoi sommes-nous spécistes ? » : « Pourquoi cajolons-nous des chiens alors que nous mangeons des cochons ? Pourquoi accueillons-nous des chats dans nos foyers quand nous disséquons des souris dans les laboratoires ? Et pourquoi l’inverse nous semblerait-il probablement cruel ? Bien que provocatrices, ces questions soulignent combien sont différents les rapports que nous entretenons avec les espèces. L’humain semble ainsi non seulement se distinguer des autres animaux mais aussi les classer selon des hiérarchies dont on peut interroger les critères et les fondements ».

Dès lors que la hiérarchie des espèces a du plomb dans l’aile, dès qu’on reconnaît une sensibilité aux animaux de compagnie, tout l’argumentaire antispéciste peut arriver au galop ! Et là, il vous faudra marcher sur des œufs (l’expression est très mal choisie, avouons-le) pour éviter de vous faire déborder par la sensibilité de vos propres élèves. Ceux qui ont déjà cessé de manger du veau par conviction, ceux qui s’émeuvent des conséquences de la pêche industrielle, ceux pour qui c’est inconcevable d’écraser une fourmi. La cause animale suscite souvent la véhémence, voire de l’affrontement si certains ont le malheur d’oser des arguments spécistes. Et si vous avez parmi vos parents d’élèves quelques chasseurs, matadors ou des éleveuses de volailles, on voit comment le débat peut vite rebondir au-delà de l’établissement scolaire… Prudence !

Le lapin, animal de compagnie

Animal de compagnie ou élevé pour la consommation ? Un débat très clivant, qu’il sera prudent d’éviter en classe.

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Des ressources pédagogiques adaptées

Internet est évidemment une source pour trouver des supports adaptés à vos cours. Comme l’élargissement de l’EMC à la sensibilité des animaux de compagnie est récent, la recherche est parfois compliquée.

  • L’association Éducation éthique animale a pris les devants en répertoriant de nombreuses ressources pédagogiques, classées par cycles.
  • Si vous êtes en quête d’intervenants extérieurs, il faut savoir que la Société protectrice des animaux dispose d’un réseau national, comprenant aussi des « Clubs Jeunes de la SPA » dans 36 de ses refuges.
  • Si les chats sont des animaux de compagnie, ils sont aussi des prédateurs de la faune sauvage. La Société française pour l’étude et la protection des mammifères propose une enquête participative sur ce sujet et la Ligue de protection des oiseaux informe sur les solutions possibles pour réduire l’impact des chats.
  • Enfin, l’association L214, lanceuse d’alerte célèbre pour ses vidéos chocs sur des abattoirs ou des élevages, a aussi créé un espace pédagogique avec des ressources adaptées à tous les publics.

Diversité des petits mammifères

Lors d’un webinaire de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères, Nathalie de Lacoste, naturaliste, a fait le point sur la part et la diversité des petites mammifères dans les captures des chats : les rongeurs arrivent en tête (78 % des prédations constatées).
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