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- Prévention à l'école

La prévention du suicide chez les jeunes

La question du suicide est souvent difficile à aborder, tant par les parents que par les adolescents eux-mêmes. Pourtant, cet acte est la seconde cause de mortalité chez les jeunes âgés de 15 à 19 ans. Or de nombreuses issues tragiques pourraient pourtant être évitées par le simple fait de communiquer. Quand faut-il s'inquiéter? Comment reconnaître les signes et prévenir les risques ? Comment aider les ados ? Des femmes et des hommes de terrain tentent de faire le point sur ce sujet.

Avec 1 000 décès par an, le suicide est, derrière les accidents de la route, la seconde cause de mortalité chez les adolescents. Selon une étude de l’INSERM, 8% des filles et 5% des garçons font une tentative de suicide à l’adolescence. On compte environ un décès pour 80 tentatives. Pourquoi des jeunes gens, à l’aube d’une vie, sont-ils si désespérés, au point de vouloir en finir ?

Tenter de comprendre

Pour Isabelle Chaumeil-Gueguen, Présidente de Suicide Ecoute, antenne téléphonique permanente pour les personnes en grande détresse morale, « le suicide est éminemment complexe et multifactoriel. » Pour cette femme de terrain depuis plus de 10 ans, la plupart du temps, les jeunes ne veulent pas mourir. Ils se trouvent dans une impasse et ne savent comment sortir d’une situation qu’ils jugent désespérée. « L’adolescence est un moment de la vie où l’on agit avec immédiateté, particulièrement cette jeune génération. La réflexion est souvent postérieure à l’action. Et comme on a trop mal, que l’on n’en peut plus et que l’on est persuadé qu’il n’y aura pas de beaux lendemains, on zappe. ».

Mirentxu Bacquerie, directrice de Fil Santé Jeunes, un service de l’EPE (L’Ecole des Parents et des Educateurs d’Île-de-France, une association qui vient en aide aux parents, aux jeunes et aux professionnels de la famille) qui fête ses 10 ans, abonde : « Un adolescent qui souffre doit être écouté avec attention. Il ne doit jamais nourrir le sentiment que toutes les portes lui sont fermées.» Selon ses observations, les premières opérations consistent à lever les tabous et favoriser le dialogue. « Nous constatons tous les jours que par le simple fait de se livrer oralement ou par écrit, comme nous le proposons sur le site, les ados sortent de cette fatalité et de ce spleen dans lequel ils ont sombré. ». Isabelle Chaumeil-Gueguen dresse le même constat : « Dès qu’il y a un début d’échange, dès que l’on met en mots, on tente de sortir de sa crise et c’est bénéfique ». Mais pour que l’entourage encourage cet échange, encore doit-il décrypter les signaux d’alerte.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Il est vivement recommandé de porter une attention particulière à ce qu’énonce l’adolescent. Thibault, jeune enseignant dans un collège de Montreuil, a été très marqué par la disparition soudaine d’un élève de son établissement. « A posteriori, donc trop tard, mes collègues et moi-même, nous sommes rendus compte que ce jeune homme diffusait des SOS à qui voulait bien se montrer réceptif. ». C’est souvent le cas, certains sont clairement exprimés et d’autres sont plus discrets. Ainsi, certains confrères de Thibault ont entendu le jeune homme en question, déclarer des phrases du type : « Bientôt vous n’aurez plus à me supporter ! ".

Isabelle Chaumeil-Gueguen explique qu’il n’existe évidemment pas de liste miraculeuse, contenant tous les signes à observer chez les jeunes qui décident de mettre fin à leurs jours. Selon la spécialiste, la rupture dans le comportement est un indice important. « Une chute spectaculaire dans les résultats scolaires, par exemple. Un jeune qui se met à sortir beaucoup alors qu’il était plutôt solitaire, un autre qui ne voit plus du tout ses copains et se ferme à tout ». Autant de grands changements auxquels doivent être attentifs les plus proches. « Un des gros problèmes, est que dans la vie familiale, on refuse souvent de se dire que son enfant va très mal. C’est difficile à admettre, mais c’est ce qui fait que bien souvent, les signes avant-coureurs apparaissent trop tard. ».Et bien souvent, on ne réagit pas, car on ne sait pas comment s’y prendre.

Comment agir ?

L’expérience de Thibault l’a conduit à plusieurs pistes de réflexions : « Je me suis aperçu après coup que je ne sais pas du tout comment me comporter face à ce genre de situations. Je n’ai pas été formé à cela et humainement, aucun réflexe ne me vient. Je ne saurais pas trouver les mots justes. ». Les inquiétudes de ce jeune professeur, sont les mêmes pour tous. Isabelle Chaumeil-Gueguen profite de cette tribune pour lever le voile sur un élément important : « Il y a souvent un confident à qui le jeune livre ses intentions. Un copain, une copine. Et trop de fois, cette personne n’en parle pas, parce qu’elle considère que ce serait un acte de trahison. De temps à autre, une jeune fille appelle pour dire que sa meilleure amie veut se suicider. Il ne faut surtout pas rester seul avec ça. Ce n’est pas de la dénonciation, bien au contraire, vous sauvez une vie. »

Pour Mirentxu Bacquerie, il est essentiel, à titre préventif, de mettre en place un réseau d’information entre parents élèves et professeurs. « Il est important d’arrêter de segmenter et de briser les cloisons ». Thibault abonde : « On supprime les postes de médecins, d’infirmières et de psychologues scolaires. Seulement, nous, professeurs, sommes souvent démunis. On ne sait pas comment parler du suicide. Nous connaissons mal les familles, donc mal les élèves. » Isabelle Chaumeil-Gueguenfait des interventions au lycée et dans le supérieur. Il en ressort que ce type de public est extrêmement fragile. «Le message à faire passer c’est qu’il n’est pas honteux de souffrir et que l’on peut en parler. Il est important de comprendre que ces périodes de mal être, ressemblent à d’autres symptômes physiques. Donc lorsque l’on souffre, on va se faire soigner ! ». Agir pour soi, très bien, mais après ?

Retrouver le goût de vivre

A la question, a-t-on envie de croquer à nouveau cette drôle de saveur qu’est la vie ? Les spécialistes interrogés sont unanimes « Oui ! Il peut y avoir eu de grosses périodes de spleen, des tentatives de suicides, on voit tous les jours que la vie peut malgré cela reprendre un cours normal. ». Il semble capital de construire l’ « après » sans mettre une chape de plombs sur ce qu’il s’est passé. A ce propos Isabelle Chaumeil-Gueguen, met en garde : « Il n’existe pas de petites tentatives. La pire des choses, c’est de la nier. Cela revient à désavouer sa souffrance. N’oubliez pas que plus un jeune tente de mettre fin à ses jours et plus il y arrive. »

Comment se reconstruire ? Trouver chaque jour une raison d’être satisfait de soi, en commençant par des petites choses. Ne plus avoir peur de demain, en planifiant ses activités puis en rayant celles que l’on a réalisées. Pleurer, dormir, regarder un bon film, sortir et surtout parler. Le plus possible. On se permet de rappeler aux plus jeunes qui nous lisent et qui se trouvent en grande détresse, que l’impasse n’existe pas. Et comme disait le père de Batman à son fils, dans le film Batman begins : « Si on touche le fond, c’est pour mieux rebondir ». On laissera Mirentxu Bacquerie, conclure. « Parmi tous les actes humains, celui de se donner la mort reste le plus dramatique. »

En savoir plus :

POUSSIN Gérard, Troubles de la pensée et conduite suicidaire chez l’adolescent, dans Les troubles du comportement à l’adolescence, sous la dir. de Catherine Blatier, Grenoble PUG.

G. COSLIN Pierre, Les conduites à risque à l’adolescence, Paris éd . Armand Colin, 2003. 214p.

B. CYRULNIK, un enfant se donne la mort, attachement et sociétés, Paris, éditions Odile Jacob, 2011. (Issu du rapport sur le suicide chez les enfants et les jeunes, remis le 29 septembre 2011 par Boris Cyrulnik à Jeannette Bougrab, Secrétaire d’Etat à la Jeunesse)


Dossier réalisé par la MAIF, novembre 2011.

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