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Trois questions à... Léonard Vannetzel


leonard-vannetzel Léonard Vannetzel est psychologue. Chargé d’enseignement dans plusieurs universités et instituts de formation, il est rédacteur en chef adjoint de la revue A.N.A.E, consultant clinique dans un centre de soins à Paris et membre fondateur de l’APPEA, groupe de réflexion, de recherche et d’action en psychologie.


Le 20 novembre


Interview réalisée en 2012

Le handicap d'un élève peut perturber l'apprentissage de l'enfant et de ses enseignants. Quels premiers conseils donneriez-vous à chacun d'entre eux pour dépasser leurs difficultés voire leur désarroi ?

Il n’existe pas de conseil prêt à porter mais seulement des aides sur mesure. Sur le plan pédagogique et des apprentissages, les connaissances ont beaucoup évolué ces dernières années et les ressources se sont multipliées. Les travaux de l’INS HEA, notamment autour d’Integrascol, apportent des « billes » précieuses pour les enseignants accueillant des enfants en situation de handicap.
Sur le plan de l’impact psychologique, on l’a dit et répété : le handicap infantile peut confronter l’adulte, consciemment ou non, à une violence très complexe sur le plan psychique. Pour l’enseignant, lorsque les évolutions en termes d’acquisitions pédagogiques se font attendre malgré des efforts quotidiens, le handicap de l’enfant peut accélérer la spirale de l’échec et de la souffrance. C’est la tristement célèbre " double peine du handicap " qui peut s’abattre, progressivement et insidieusement sur l’enseignant (et sur l’enfant par rétroaction), lui renvoyant en miroir le sentiment d’impuissance de sa mission et interrogeant sa légitimité.
Ces épreuves se surmontent en groupe. Elles ne connaissent de véritables enlisements que dans le silence et l’isolement. La parole et l’expression des désarrois sont des passerelles essentielles pour lever les malaises et rompre avec les tabous et les sentiments de culpabilité, si nombreux dans la question du handicap. L’ensemble des acteurs (c’est-à-dire toutes les personnes qui interviennent auprès de l’enfant- enseignant, psychologue, médecin scolaire, AVS, orthophoniste) peuvent et doivent faire corps, autour des situations difficiles et de la famille de l’enfant concerné. Dans ces situations souvent complexes, les psychologues sont des experts pour mettre en mots l’indicible et produire du lien entre les uns et les autres.


Avec la loi de 2005, le handicap est défini sous l'angle de la "limitation d'activité", la "restriction de participation à la vie en société". Si cette définition permet l'étude de mesures dites "de compensation", elle apparaît cependant "négative" au regard d'une approche qui consisterait à parler de "capacités". Qu'en pensez-vous ?

Il s’agit d’un point important aujourd’hui : promouvoir une politique du verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Paradoxe de cette " révolution culturelle " autour du handicap : il est défini " en creux ", par le manque, l’insuffisance, la limitation et, de surcroit, dans une perspective figée, statique, laissant peu de place aux représentations dynamiques. Cette question est particulièrement problématique lorsqu’on l’applique au handicap infantile. La variable " développement et réalisation de potentiel " y est centrale et recherchée par tous les aidants. Comment l’enfant développe-t-il ses ressources et construit-il sa propre identité si on le nomme par son déficit ? Comment peut-il se penser capable s’il est défini comme limité et restreint ? Les acteurs du handicap se rendent compte aujourd’hui de l’importance de représentations dynamiques et appellent à parler de
" situation de handicap " comme le veut la formule : " le handicap est un processus et non
un état ".


A l'occasion du colloque que l'APPEA* a organisé en novembre 2011, vous avez rappelé combien le travail conjoint avec les parents et les secteurs du médical, du médico-social et de la pédagogie était constructif. Quels sont, selon vous, les principaux atouts de cette responsabilité partagée ?

La complémentarité synergique des acteurs professionnels autour de l’enfant et de sa famille est à la fois condition, moyen et but d’une approche nationale cohérente et efficace du handicap. Ceci vaut aussi bien à l’échelle nationale qu’à celle de l’individu et de sa famille (microsystème social).
Il faut toujours rappeler la dynamique multifactorielle de la plupart des troubles en tenant compte des répercussions systémiques et des effets-papillon du handicap : par exemple un trouble neurologique privant l’enfant d’une fonction sensorielle ne se cantonne pas à son cerveau mais impacte aussi sur l’harmonie familiale, sur la dynamique de la fratrie, le développement socio-émotionnel de l’enfant, le regard des autres sur lui à l’école, l’attitude de son enseignant, le climat scolaire... C’est sur tous ces plans en même temps que se situe l’enjeu d’une responsabilité partagée et d’un véritable accompagnement global de l’enfant.
La complexité de l’arborescence des situations de handicap et leur hétérogénéité nécessitent de tenir bon toutes les dimensions en même temps (pédagogique, médicale, psychologique, sociologique, …), particulièrement avec l’enfant pour lequel les mécanismes de plasticité, d’adaptation ou de résilience doivent être les points de mire de tous les acteurs autour de lui, tout en laissant l’espace nécessaire à la surprise...
Un des problèmes majeurs et des freins de réalisation à cette perspective réside en l’absence remarquable d’interdisciplinarité en France aujourd’hui. Il n’existe, dans les meilleurs des cas, qu’une juxtaposition courtoise de points de vue professionnels divers, issus de cultures et de savoirs hétérogènes, sans représentation commune, ni méthodologie d’approche consensuelle, ni sémantique partagée. L’hétérogénéité de fonctionnement des 101 MDPH françaises est une illustration évidente de l’inégalité territoriale éloignée de sa vocation égalitaire.
Nous sommes au tout début d’une métamorphose majeure du système d’aide et de soins (médico-social, pédagogique, socio-culturel, psychologique). Le plus gros du travail reste à faire. Les conférences de consensus, les consensus formalisés et, de manière générale, les expertises collectives citoyennes, participatives et scientifiquement fondées, sont les meilleurs outils dont nous disposons pour se mettre d’accord sur les besoins, la sémiologie et les méthodes de soutien aux plus vulnérables.
La mise en place du système prendra encore quelques années et n’ira pas sans d’importantes précautions de mise en œuvre et en actes, particulièrement en termes de respect des compétences et cultures professionnelles, et bien entendu de tolérance intellectuelle des uns et des autres, y compris les parents. Les politiques engagées laissent aujourd’hui de bons espoirs d’évolution. Le travail de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie) en fait partie. L’APPEA y participe à son échelle, celle de la psychologie de l’enfant et de sa place dans le panorama social et citoyen en cours de structuration.


  • * colloque national sur le thème Psychopathologie et handicap chez l’enfant : questions, tensions, enjeux (vidéos et podcasts accessibles sur www.appea.org)
  • Voir PDF (789 Ko)

En savoir +

Léonard Vannetzel anime les conférences de la MAIF sur les troubles DYS Les Dys sont-ils des handicaps ? Qui sont les enfants concernés ? Comment comprendre et identifier leurs difficultés ? Quelles aides sont possibles aujourd’hui ?