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Trois questions à... Charles Gardou

Interview réalisée en 2009.

Charles Gardou Charles Gardou, professeur à l’Université Lumière Lyon 2, a fondé en 1995 le Collectif Reliance sur les situations de handicap, l’éducation et les sociétés. Auteur d’une douzaine d’ouvrages et de nombreux articles, il a également créé et dirige la Collection Connaissances de la diversité et la Collection Reliance aux éditions érès. Il assure par ailleurs plusieurs responsabilités et engagements nationaux et internationaux. Il est notamment membre de l’Observatoire National de la Formation, de la Recherche et de l’Innovation sur le Handicap (ONFRIH). Il vient de créer, avec Lucia de Anna, un doctorat international Cultures, handicap, inclusion, récemment implanté à l’Université de Rome Foro Italico, qui rassemble un collège de professeurs venus de tous les continents.

Où en êtes-vous de vos travaux de recherche sur le handicap et la scolarisation ? Plus largement, où en est la recherche en France ? Avez-vous le sentiment que notre pays progresse dans ce domaine ?

La conférence européenne Inclusion sociale : une approche européenne de la scolarisation des élèves handicapés, organisée à l’automne dernier par le ministère de l’Education nationale dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, m’a conduit à recenser les grands enjeux de la scolarisation des élèves en situation de handicap, dans les domaines du droit, des médias, des concepts, des modes d’accompagnement, des parcours scolaires, des cursus universitaires et de la formation des professeurs. Au-delà de ces travaux sur l’Ecole, je viens de réaliser, en collaboration avec des personnes en situation de handicap, un ouvrage intitulé Le handicap par ceux qui le vivent. A l’automne, ce sera la parution du livre Au nom de la fragilité, réunissant une trentaine d’écrivains, avec le soutien de Tahar Ben Jelloun. Enfin, je prépare Le handicap au risque des cultures, sorte de tour du monde des représentations du handicap, à paraître en 2010.
J’en viens au deuxième volet de votre question. Globalement, notre pays s’est doté en 2005 d’une législation qui identifie la recherche sur le handicap comme domaine spécifique. Il reste cependant à lui donner toute sa place dans l’ensemble de la recherche française. Dans le secteur des sciences de l’homme et de la société, elle n’est pas à la hauteur de l’enjeu, chacun s’accorde à le reconnaître.
Où notre société en est-elle ? Certaines évolutions sont réelles, soyons optimistes ! Cela étant, le handicap demeure considéré et traité comme un problème bien à part. On peine à admettre qu’il n’est qu’un des aspects spécifiques des problèmes généraux de notre humanité. En réalité, ce qui caractérise le handicap, dont on parle spécifiquement, c’est bien sa signification d’universalité. Parce qu’il est inhérent à l’humain, il importe de le prendre en compte chaque fois que l’on pense l’homme et ses droits, que l’on éduque ou l’on forme, que l’on élabore des règles et des lois, que l’on conçoit l’habitabilité sociale ou l’on aménage les espaces citoyens.

Si vous aviez un conseil à donner aux enfants en situation de handicap, à leurs parents, à leurs enseignants, à l’ensemble des acteurs impliqués quotidiennement dans la réussite de la scolarité d’un enfant ou d’un adolescent, que diriez-vous ?

Je ne saurais leur donner des conseils. Simplement une conviction à partager avec eux : la polarisation sur les inaptitudes d’un enfant, directement déduites d’un diagnostic médical, est dépourvue de sens en éducation et en pédagogie. On annihile ainsi son désir de se mettre en mouvement, de se projeter, en le réduisant à quelques éléments négatifs. Un peu comme si l’on ne voyait d’une aquarelle que les touches sombres ; comme si on isolait, pour les observer à part, les seules pièces moins claires d’un puzzle. Aucun enfant ne peut être stimulé à grandir si ses parents, ses maîtres, les professionnels qui l’entourent le réduisent à la plus petite partie de lui-même.

Vous venez de publier un ouvrage qui retrace la vie de Robert Schumann, Frida Kahlo, Blaise Pascal, Jean-Jacques Rousseau et bien d’autres figures souvent mythifiées. En quoi peut-il faire avancer la cause de la scolarisation, de la connaissance, pour grandir et accéder à une vie sociale ainsi que professionnelle ?

Ces figures, comme tant d’autres, ont fait subir un retournement à leur handicap. Elles composent, peignent, écrivent, inventent, certes pour s’exprimer, mais avant tout pour s’emparer de leur vie et lui rendre sa hauteur. Je m’attache donc dans ce livre à mettre en lumière la capacité de l’être humain à improviser, reconstruire, suppléer, s’adapter. Le handicap impose des limitations ; il contraint à renoncer à des aspirations, il restreint certains désirs et projets. Toutefois, il n’obère pas systématiquement l’ensemble des possibilités. Certaines peuvent même s’accroître. L’écart à l’équilibre, à la norme, à la moyenne tue et crée à la fois. Il provoque l’envie d’exister, de transcender sa fragilité. Même dans les cas les plus graves -et on ne saurait les oublier- les plus infimes forces, les plus inaperçues, veulent vivre, se déployer. Seul, ce " savoir " peut donner sens et souffle à l’action des professionnels qui éduquent, accompagnent ceux que le handicap rend plus vulnérables.

 

Charles Gardou a édité en 2010 "Le handicap au risque des cultures - Variations anthropologiques"

Un voyage de près de 3 ans au fil de la planète pour tenter de comprendre ce qui nous apparaît souvent incompréhensible.
Pour se procurer les ouvrages de Charles Gardou : www.editions-eres.com

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La société inclusive, parlons-en ! - Il n'y a pas de vie minuscule - Charles Gardou, Éditions Erès

Face à l'ampleur des phénomènes d'exclusion, ce sont de nouveaux fondements pour notre vie commune que Charles Gardou propose dans cet essai, à la fois nourri, vif et incarné. À partir des principes et exigences d'une société inclusive, il dessine une autre vision de notre patrimoine humain et social, dont les plus vulnérables demeurent souvent privés. Il donne à comprendre la portée des discriminations incessamment reproduites, en mettant au jour les violations de droits que subissent, parmi d'autres défavorisés ou marginalisés, les personnes marquées par cette expression de nos fragilités qu'est le handicap.
Dans notre société où des îlots de commodités côtoient des océans d'empêchements, il forge une conception renouvelée des existences humaines et de la singularité qui leur est attachée comme de l'équité et de la liberté d'accès aux biens collectifs qu'elles impliquent.
" Une société n'est pas un club dont des membres pourraient accaparer l'héritage social à leur profit pour en jouir de façon exclusive. Elle n'est non plus un cercle réservé à certains affiliés, occupés à percevoir des subsides attachés à une "normalité" conçue et vécue comme souveraine. Il n'y a pas de carte de membre à acquérir, ni droit d'entrée à acquitter. Ni débiteurs, ni créanciers autorisés à mettre les plus vulnérables en coupe réglée. Ni maîtres ni esclaves. Ni centre ni périphérie. Chacun est héritier de ce que la société a de meilleur et de plus noble. Personne n'a l'apanage de prêter, de donner ou de refuser ce qui appartient à tous. Une société inclusive, c'est une société sans privilèges, exclusivités et exclusions ".
Prix : 13 €

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" On fantasme le handicap de ne pas le connaître "

Cet ouvrage réunit et conjugue des savoirs sur le handicap issus des sciences biomédicales, humaines et sociales, comme des sciences de l'ingénieur, de l'information et de la communication. Au regard d'un droit d'accès et d'un devoir de partagé, il les met au service d'une pensée et d'une pratique éclairées. Porté par un objectif haut placé, il inaugure un autre temps de la pensée et ouvre la voie à de Nouvelles Lumières sur le handicap, qu'il accompagne de propositions pour nourrir l'éducation, la formation, la recherche et orienter l'action publique. " L'Homme est un découvreur voué à prospecter de l'autre côté des croyances : sur le versant du savoir " Charles Gardou.


En savoir + " LE TEMPS DES PROPOSITIONS "

En quoi les savoirs sur le handicap peuvent-ils féconder l’éducation et la formation et, en même temps, orienter l’action politique ? Pour pallier les contradictions entre intention, discours et action et accompagner les changements requis, quatre propositions sont formulées.

  • La première, dans le champ de l’éducation, invite à concevoir une organisation des métiers d’éducation et un serment éthique, qui signifient clairement l’engagement de l’ensemble des membres  du système éducatif à prendre en compte la question du handicap dans l’ordinaire de son exercice professionnel et à apporter une égale attention à tous les enfants, en situation de handicap ou non.
  • La deuxième, dans le domaine de la formation, appelle à créer un Groupe national Savoirs, Formation et Handicap, dont la mission serait de définir une matrice formative, composé d’un tronc commun interprofessionnel et d’arborescences par branches d’activités, professions et métiers.
  • La troisième, sur le versant de la recherche, consiste en l’instauration d’un rendez-vous, à portée nationale et internationale, sous le nom d’Entretiens scientifiques sur le handicap, sur le modèle de ceux de Bichat en médecine, pour faire un point régulier sur les grandes avancées des savoirs et assurer leur diffusion.
  • Dans une visée politique, la quatrième est la création d’un Haut Conseil National de la Politique du Handicap, afin de garantir une action cohérente et pérenne.