Santé psychique
Jeunes et addictions : école et enseignants sur le front
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Les addictions sont l’une des difficultés qui préoccupent le plus les parents et les enseignants d’aujourd’hui. Sans rentrer dans le détail des pathologies psychiques qu’elles peuvent entraîner ou auxquelles elles peuvent être associées, Christophe ANDRE, psychiatre à l’hôpital Ste Anne de Paris, nous livre quelques repères pour mieux comprendre en quoi les addictions consistent.

Les addictions, qu'est-ce que c'est ?

On parle d’addiction lorsqu’une personne ne peut interrompre un comportement pourtant préjudiciable à sa santé ou à ses équilibres de vie.

On distingue classiquement les addictions aux substances, et les addictions purement comportementales.

Les premières, connues depuis longtemps, concernent l’incapacité d’interrompre la consommation d’alcool, de cannabis, ou de tabac, pour ne parler que des plus fréquentes.

Les secondes, identifiées plus récemment, renvoient à l’incapacité de contrôler durablement des tendances aux achats compulsifs, au jeu, à certains comportements sexuels, à la fréquentation d’Internet.

Les addictions, comment ça marche ?

Il existe deux dimensions principales dans les addictions : la dépendance et l’accoutumance.

La dépendance désigne l’incapacité de vivre durablement sans la substance ou sans le comportement. Pour les addictions aux substances, il est en général impossible de passer une journée sans alcool, tabac ou cannabis. Pour les addictions aux comportements (jeu, achats, internet), une abstinence peut avoir lieu quelques heures à quelques jours ; mais même dans ces périodes d’abstinence, l’envie de consommer (le « craving ») est fréquente et très présente.

L’accoutumance est l’ensemble des phénomènes liés à l’habitude progressive du cerveau au plaisir procuré par l’addiction : avec le temps, il faut souvent augmenter les doses pour obtenir le même niveau de plaisir. L’accoutumance est fréquente avec certaines drogues dures (héroïne), mais aussi avec l’alcool ; elle existe aussi pour certaines addictions comportementales (activités sexuelles).

Les addictions, ça commence à quelle dose ?

Pour définir à quel moment une consommation ou un comportement deviennent une addiction, plusieurs critères sont à envisager :

  • le degré de dépendance : si on ne peut passer une journée sans sa « drogue » ;
  • l’importance des symptômes de manque : si, en l’absence de la drogue ou du comportement, on devient agressif, anxieux, déprimé (troubles du caractère) ou si on ressent carrément des symptômes de manque physique (parfois violent comme pour l’alcool, parfois plus discrets comme pour le tabac ou le cannabis) ;
  • le retentissement sur la vie quotidienne : si la consommation perturbe la vie familiale ou professionnelle (comme pour l’alcool), si elle prend le temps d’autres activités plus épanouissantes (comme les heures passées sur Internet) ; le plus souvent, tout l’environnement de la personne va souffrir, notamment dans le cas de l’addiction au jeu où certains joueurs pathologiques peuvent se ruiner et ruiner leur famille entière ;
  • le retentissement sur la santé : très net, rapide et bien connu pour l’alcool et le tabac, plus insidieux pour le cannabis (qui altère surtout les capacités psychiques, comme la concentration ou la motivation).

Les addictions sont-elles seulement une recherche de plaisir facile ?

Les questions de plaisir et de déplaisir sont au cœur des addictions. Au début, les personnes recherchent et ressentent une sensation de plaisir rapide, facile, intense. Puis, par le phénomène d’accoutumance, ce plaisir devient moins fort, et souvent ce qui est ensuite recherché, une fois l’addiction constituée, c’est l’évitement du déplaisir qui devient prédominant : le meilleur moyen d’éviter le déplaisir lié au manque sera alors de consommer la substance ou de céder au comportement.

Les addictions, quelles sont les causes ?

Il existe trois grandes familles de facteurs facilitants les addictions :

  • L’état psychologique de la personne : on sait que l’anxiété, la dépression, et globalement les souffrances psychiques facilitent les addictions (qui soulagent trompeusement et à un prix élevé). On sait aussi que certaines périodes de vie rendent plus fragile, notamment les difficultés existentielles et les moments de doute sur soi (adolescence, chômage, deuils divers).
  • L’accès facile, voire encouragé, au support de l’addiction : on fabriquait autrefois des addictions au tabac en offrant des cigarettes aux jeunes conscrits qui faisaient leur service militaire ; aujourd’hui l’attractivité d’internet facilite grandement les dépendances à l’écran. Plus il est simple et facile de passer à la « consommation » de son objet de dépendance, plus le risque est grand.
  • La valorisation sociale, ou la banalisation. C’est pourquoi les publicités pour le tabac ou l’alcool sont légitimement interdites : elles mettaient en scène des héros ou héroïnes sexy et sympathiques, très attractifs. Ce devrait être la même chose pour les jeux d’argent, Loto compris, qui présentent le jeu comme un comportement normal, et promettent des gains faciles en omettant bien sûr de rappeler que pour tous les joueurs il y aura surtout des pertes massives ou régulières.

Les addictions, que faire ?

Tout d’abord en parler avec la personne concernée pour évaluer son degré de conscience du problème et de motivation à changer.

Si elle est consciente et motivée, lui recommander l’aide d’un professionnel. Il n’existe malheureusement pas d’annuaire national des centres ou professionnels spécialisés dans les problèmes de dépendances, mais on peut par contre en trouver dans toutes les grandes villes, dans les hôpitaux universitaires ou en libéral. Les médecins généralistes connaissent en général ces circuits de soins.

Il est important d’accepter aussi que, le plus souvent, la libération d’une addiction se fera après quelques rechutes dans la dépendance : il est capital pour l’entourage de ne pas se décourager, et d’encourager la personne à reprendre ses efforts.