Santé psychique
Harcèlement entre élèves : briser la loi du silence
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Harcèlement entre élèves : briser la loi du silence

6 à 7 % des élèves subissent des brimades répétées. Par honte ou peur des représailles, ils se taisent, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour leur santé. Face à ce fléau, le ministère mobilise la communauté éducative pour repérer les situations de harcèlement et y mettre fin. La MAIF est partenaire de cette campagne.

Qu’est-ce que le harcèlement ?

En novembre 2013, la MAIF se joignait à la campagne nationale de lutte contre le harcèlement. Entre autres contributions, nous avons demandé à Eric Debarbieux* de nous donner sa définition du fléau.

*directeur de l'Observatoire international de la violence à l'école

Texte intégral assorti de vos commentaires sur Facebook Education parents-profs.

Le harcèlement est une violence à long terme, physique ou psychologique, perpétrée par un ou plusieurs agresseurs à l’encontre d’une victime qui est dans l’incapacité de se défendre.
6 à 7 % des élèves sont harcelés à l’école primaire et au collège [l’enquête en lycée est en cours].
La tendance est trop souvent de minorer les micro-violences et de penser que les victimes " n’ont qu’à s'endurcir ".

Impact sur la scolarité : décrochage scolaire, absentéisme... Environ 1 élève absentéiste chronique sur 5 ne vient plus à l’école par peur du harcèlement.
Impact sur la santé mentale : anxiété et dépression, perte de l’estime de soi, malaises physiologiques et psychosomatiques, suicides.
Les harceleurs ne sont pas gagnants : la grande majorité d’entre eux vivront des difficultés dans l’emploi, dans leur couple... Et 40 % connaîtront des problèmes sérieux avec la loi.

Conclusion : la violence, c’est perdant-perdant. Lutter contre le harcèlement à l’école est une priorité éducative dans un pays qui a fait sienne la valeur de la fraternité.

Le harcèlement en images : 3 courts-métrages, 10 dessins animés

La campagne de lutte contre le harcèlement s’appuie sur une série d’outils pédagogiques. Une collection de films permet d’ouvrir le débat dans les établissements ou en famille.

Les claques , Les injures et Les rumeurs illustrent des situations couramment rencontrées au collège.
Pour les écoles primaires, le ministère propose une série de 10 dessins animés " Et si on s’parlait du harcèlement à l’école ". Les enseignants peuvent les utiliser en classe : chaque épisode est accompagné d’un guide pédagogique.

Que faire face à une situation de harcèlement ?

L’objectif de la campagne nationale est bien de mettre fin au harcèlement.
Nicole Catheline, docteur en pédopsychiatrie, a dirigé la rédaction d’un guide à l’usage des parents et enseignants. L’ouvrage explique en détail les façons de reconnaître, prévenir et traiter ce phénomène. Une lecture indispensable !


Reconnaître le harcèlement : c’est l’affaire de tous

" Quand un enseignant voit passer 100 élèves par semaine, il lui est difficile de repérer automatiquement un souffre-douleur, qui du fait de sa situation va en plus tenter de dissimuler son mal ".


Cet extrait de vos contributions à notre fil Facebook résume assez bien la difficulté à identifier les situations de harcèlement.

Cependant, dans l’approche préconisée par Nicole Catheline, le repérage des élèves harcelés n’incombe pas aux seuls enseignants. Le devoir d’ingérence s’applique à l’ensemble de la communauté adulte, y compris les chauffeurs de bus, personnels de cantine et surveillants.

Les élèves témoins de harcèlement ont une grande responsabilité.
Nicole Catheline souligne leur rôle essentiel dans le déroulement des faits :


" En ne dénonçant pas ce qui se déroule sous leurs yeux, ils valident le processus du côté du harceleur qui se sent conforté. Le harcèlement ne se maintient que parce que les pairs l’encouragent ou feignent de l’ignorer, soulagés de ne pas être à la place de la victime ".
Comme le stipule Eric Debarbieux, " un enfant qui parle du harcèlement que subit un autre enfant n’est pas « une balance » c’est un individu qui exerce son devoir de protection envers les autres ".


Les signes de reconnaissance du harcèlement

Tous les élèves ne sont pas égaux face au risque de harcèlement.
Les élèves différents (par la taille, le physique, l’origine culturelle, le niveau scolaire…) constituent des cibles privilégiées.

D’une façon générale, tout changement brutal de comportement doit éveiller l’attention.

Au primaire, le harcèlement engendre des troubles du sommeil, de l’irritabilité, de la susceptibilité, des maux de ventre... Ces symptômes sont à manier avec précaution : d’autres causes peuvent les déclencher (maltraitance, violences sexuelles, séparation des parents mal vécue...). Mais quoi qu’il en soit, le harcèlement est une hypothèse à prendre en compte.

Chez l’adolescent, le harcèlement se traduit par des réflexes de protection. La victime évite la confrontation avec ses oppresseurs : elle arrive en retard, sèche les cours, s’isole pendant les récréations...
Face à ses agresseurs, le harcelé devient agressif. Pour Nicole Catheline, c’est un moment-clé. Aux yeux des témoins de la scène, la victime accède à un statut trouble. Et si elle n’était " pas si innocente que ça ? ". Cette injustice déclenche un sentiment d’abandon et de désespoir, de l’anxiété, la chute des résultats scolaires... Si la situation perdure, la dépression et la tentative de suicide sont les étapes suivantes.
Le fait de venir armé peut constituer un signe de harcèlement : l’élève est prêt à tout pour se défendre.

Face à ces symptômes, la seule réponse valable est une discussion croisée entre adultes : il faut investiguer la situation, confronter les points de vue.

Un n° vert national a été mis à la disposition des victimes : 0 808 807 010 (gratuit depuis un téléphone fixe ou portable - du lundi au vendredi de 9 h à 18 h (hors jours fériés – fermé du 15 juillet au 17 août et du 23 décembre au 6 janvier).

(page 32 du guide du harcèlement)

S’interposer en tant qu’adulte: la vigilance permet d’identifier les élèves en situation de vulnérabilité et de leur assurer le soutien actif de l’adulte. Dans la classe, dans la cour de récréation ou dans n’importe quel autre lieu fréquenté durant le temps scolaire (transports scolaires compris), le devoir d’ingérence de l’adulte constitue le premier rempart à l’agresseur.

Repérer les enfants isolés : ou en situation de perte amicale. Il suffit parfois d’une simple arrivée en cours d’année pour que les ennuis débutent. Être un sans ami (un " Rémy ") constitue un puissant facteur de harcèlement.

Savoir écouter, c’est-à-dire ne pas mettre systématiquement en doute les propos entendus et savoir changer de point de vue. La certitude est mauvaise conseillère.

Distinguer les petites plaintes de la souffrance réelle : , la durée et la répétition des brimades différencient le tracas relativement anodin du véritable harcèlement.
C’est bien autour de l’ancrage dans le temps que l’on doit poser les questions à l’élève concerné.

Chercher à croiser les regards , sur ce qu’on vient de voir ou d’entendre et de ce fait, ne jamais prendre de décision seul(e).

Contacter les parents pour avoir leur point de vue et pas seulement pour les diriger vers tel ou tel professionnel (médecin, travailleur social…).

Déconseiller fortement aux parents de régler seuls ce problème en allant voir les parents du harceleur ou l’enfant lui-même. Il faut mettre un tiers dans tout règlement de conflit afin de trouver une solution honorable pour chaque partie.
Il convient ainsi d’assurer une médiation entre les familles de la victime et de l’agresseur. Ceci, particulièrement important dans le primaire, permet d’éviter la survenue de tensions entre les deux familles et la dégradation des relations entre élèves.

Si l’établissement ne s’est pas encore doté d’un dispositif de prévention, il est urgent de le faire. Il ne faut pas se contenter de faire une action pour la (les) classe(s) concernée(s) mais la faire pour la totalité de l’établissement et il faut impliquer l’ensemble de l’équipe éducative ainsi que les parents dès la connaissance du premier fait de harcèlement.

Apporter des réponses cohérentes en désignant un référent pour coordonner les actions. Celui-ci assurera l’interface entre les familles et le personnel de l’établissement.

Gagner le pari de la prévention en favorisant les activités qui fédèrent le groupe et responsabilisent les élèves ; organiser des temps de régulation (heure de vie de classe dans le secondaire), sensibiliser le plus tôt possible les classes entrant dans le second degré (sixième et seconde) ; former les élèves et particulièrement les délégués à la médiation entre pairs.

Vos réactions

Le texte d’Eric Debarbieux a suscité de nombreux commentaires. Ensemble, vous estimez qu’il faudrait :

  • Former les personnels éducatifs, les élèves et les parents au repérage et au traitement des situations de harcèlement ;
  • Agir en amont pour éduquer les élèves à la bienveillance ;
  • Admettre que le harcèlement est l’affaire de tous, au lieu d’en rejeter la faute sur les parents (" qui ne savent pas éduquer les enfants ") ou les enseignants (" qui ne voient rien et sont incompétents ").

Les souffre-douleurs ont toujours existé mais avec les réseaux sociaux le phénomène devient inquiétant. Les élèves sont moqués non seulement à l'école mais en plus à la maison, dès qu'ils allument l'ordinateur... Très vite, un collège entier peut se retrouver "harceleur" d'un même élève. Des séances de cours préventifs sur l'utilisation des nouvelles technologies de la communication pourraient résoudre le problème, ainsi qu'une condamnation pénale du harcèlement en ligne... "

" La prévention à l’école avec des professionnels comme gendarmes et pompiers. Simplement montrer qu’un simple croche-pied peut entraîner une chute avec des conséquences plus ou moins graves. "

" Il faudrait que le harcèlement scolaire soit reconnu au même titre que le harcèlement au travail. Informer les jeunes au harcèlement car c'est enfant qu'on se construit et mieux former les enseignants quant à ce type de problèmes et comment réagir contre. Il faut faire accepter la différence avant tout et favoriser l'intégration. "

" Éviter les classes et les écoles surchargées. Favoriser les petits effectifs pour mieux connaître les élèves et repérer plus facilement tout évènement anormal pendant les récrés.
Ça passe aussi par un minimum d’espace vital à l’école (ratio nombre d’enfants/surface)... car une trop grande proximité physique amplifie ces phénomènes... "

" Mettre des surveillants partout dans les cours de récréation, créer une administration spéciale à l'écoute des élèves, sensibiliser et impliquer les profs et les parents, jouer des séquences courtes avant les cours dès qu'il y a une plainte en inversant les rôles et les laisser s'exprimer librement (oral ou écrit)... "

" Quant à la prévention, il y en a bien plus qu'on le croit... Dans mon collège par exemple, tous les élèves connaissent le mot "harcèlement". Il y a encore du boulot, mais il ne faut pas non plus assombrir le tableau ! "

" Des cours d'éducation émotionnelle dès la 6ème obligatoires pour tous, c'est le principal problème des enfants agresseurs. (...) On peut rajouter des ateliers d’estime de soi pour les victimes. "

" L'association Astrée (notamment son antenne sur Lyon) propose un projet de sensibilisation destiné aux collégiens (niveau 4è) intitulé : "Attentifs aux autres", qui trouve tout son sens dans des thèmes tels que le harcèlement et l'exclusion. "

[Accéder à l’intégralité des commentaires]

Conclusion

La campagne de lutte contre le harcèlement s’inscrit dans le contexte particulier du projet de Refondation de l’école.
L’article L 111.1 du Code de l’Education, relatif aux dispositions générales du droit à l’éducation, indique désormais : " Pour garantir la réussite de tous, l'école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s'enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative ".

Le harceleur identifié encourt des sanctions. Notamment, depuis 2011, le conseil de discipline est réuni d’office en cas de violence physique. Dans 70 % des cas, l’élève fautif est exclu et inscrit dans un autre établissement. Cela revient à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. C’est pourquoi le discours " moderne " sur la violence scolaire incite à trouver des solutions au sein même de l’établissement où elle se produit. Communauté éducative, restez soudé !