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SANTÉ PSYCHIQUE

Harcèlement entre élèves : briser la loi du silence

Harcèlement entre élèves : briser la loi du silence

6 à 7 % des élèves subissent des brimades répétées. Par honte ou peur des représailles, ils se taisent, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour leur santé. Face à ce fléau, le ministère mobilise la communauté éducative pour repérer les situations de harcèlement et y mettre fin. La MAIF est partenaire de cette campagne.

Qu’est-ce que le harcèlement ?

En novembre 2013, la MAIF se joignait à la campagne nationale de lutte contre le harcèlement. Entre autres contributions, nous avons demandé à Eric Debarbieux* de nous donner sa définition du fléau.

*directeur de l'Observatoire international de la violence à l'école

Le harcèlement en images : 3 courts-métrages, 10 dessins animés

La campagne de lutte contre le harcèlement s’appuie sur une série d’outils pédagogiques. Une collection de films permet d’ouvrir le débat dans les établissements ou en famille.

Les claques, Les injures et Les rumeurs illustrent des situations couramment rencontrées au collège.
Pour les écoles primaires, le ministère propose une série de 10 dessins animés " Et si on s’parlait du harcèlement à l’école ". Les enseignants peuvent les utiliser en classe : chaque épisode est accompagné d’un guide pédagogique.

Que faire face à une situation de harcèlement ?

L’objectif de la campagne nationale est bien de mettre fin au harcèlement.
Nicole Catheline, docteur en pédopsychiatrie, a dirigé la rédaction d’un guide à l’usage des parents et enseignants. L’ouvrage explique en détail les façons de reconnaître, prévenir et traiter ce phénomène. Une lecture indispensable !


Reconnaître le harcèlement : c’est l’affaire de tous

" Quand un enseignant voit passer 100 élèves par semaine, il lui est difficile de repérer automatiquement un souffre-douleur, qui du fait de sa situation va en plus tenter de dissimuler son mal ".


Cet extrait de vos contributions à notre fil Facebook résume assez bien la difficulté à identifier les situations de harcèlement.

Cependant, dans l’approche préconisée par Nicole Catheline, le repérage des élèves harcelés n’incombe pas aux seuls enseignants. Le devoir d’ingérence s’applique à l’ensemble de la communauté adulte, y compris les chauffeurs de bus, personnels de cantine et surveillants.

Les élèves témoins de harcèlement ont une grande responsabilité.
Nicole Catheline souligne leur rôle essentiel dans le déroulement des faits :


" En ne dénonçant pas ce qui se déroule sous leurs yeux, ils valident le processus du côté du harceleur qui se sent conforté. Le harcèlement ne se maintient que parce que les pairs l’encouragent ou feignent de l’ignorer, soulagés de ne pas être à la place de la victime ".
Comme le stipule Eric Debarbieux, " un enfant qui parle du harcèlement que subit un autre enfant n’est pas « une balance » c’est un individu qui exerce son devoir de protection envers les autres ".


Les signes de reconnaissance du harcèlement

Tous les élèves ne sont pas égaux face au risque de harcèlement.
Les élèves différents (par la taille, le physique, l’origine culturelle, le niveau scolaire…) constituent des cibles privilégiées.

D’une façon générale, tout changement brutal de comportement doit éveiller l’attention.

Au primaire, le harcèlement engendre des troubles du sommeil, de l’irritabilité, de la susceptibilité, des maux de ventre... Ces symptômes sont à manier avec précaution : d’autres causes peuvent les déclencher (maltraitance, violences sexuelles, séparation des parents mal vécue...). Mais quoi qu’il en soit, le harcèlement est une hypothèse à prendre en compte.

Chez l’adolescent, le harcèlement se traduit par des réflexes de protection. La victime évite la confrontation avec ses oppresseurs : elle arrive en retard, sèche les cours, s’isole pendant les récréations...
Face à ses agresseurs, le harcelé devient agressif. Pour Nicole Catheline, c’est un moment-clé. Aux yeux des témoins de la scène, la victime accède à un statut trouble. Et si elle n’était " pas si innocente que ça ? ". Cette injustice déclenche un sentiment d’abandon et de désespoir, de l’anxiété, la chute des résultats scolaires... Si la situation perdure, la dépression et la tentative de suicide sont les étapes suivantes.
Le fait de venir armé peut constituer un signe de harcèlement : l’élève est prêt à tout pour se défendre.

Face à ces symptômes, la seule réponse valable est une discussion croisée entre adultes : il faut investiguer la situation, confronter les points de vue.

Vos réactions

Le texte d’Eric Debarbieux a suscité de nombreux commentaires. Ensemble, vous estimez qu’il faudrait :

  • Former les personnels éducatifs, les élèves et les parents au repérage et au traitement des situations de harcèlement ;
  • Agir en amont pour éduquer les élèves à la bienveillance ;
  • Admettre que le harcèlement est l’affaire de tous, au lieu d’en rejeter la faute sur les parents (" qui ne savent pas éduquer les enfants ") ou les enseignants (" qui ne voient rien et sont incompétents ").

Conclusion

La campagne de lutte contre le harcèlement s’inscrit dans le contexte particulier du projet de Refondation de l’école.
L’article L 111.1 du Code de l’Education, relatif aux dispositions générales du droit à l’éducation, indique désormais : " Pour garantir la réussite de tous, l'école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s'enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative ".

Le harceleur identifié encourt des sanctions. Notamment, depuis 2011, le conseil de discipline est réuni d’office en cas de violence physique. Dans 70 % des cas, l’élève fautif est exclu et inscrit dans un autre établissement. Cela revient à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. C’est pourquoi le discours " moderne " sur la violence scolaire incite à trouver des solutions au sein même de l’établissement où elle se produit. Communauté éducative, restez soudé !