Santé psychique
Le décrochage scolaire
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Le décrochage scolaire

Dossier réalisé par la MAIF, octobre 2011.

Élèves décrocheurs, ou en décrochage. Derrière ces termes, se cache une terrible réalité sur le terrain. Le décrochage apparait comme un phénomène complexe, qui peut entraîner de graves conséquences aussi bien pour les jeunes, que pour la société. Ces formes d'exclusions et de souffrances, se construisent de façons diverses. Pour en savoir plus, nous allons tenter d'expliquer le désintérêt de certains élèves, d'en percevoir les signes, d'en mesurer l'impact et d'envisager des solutions. Avec humilité, tant le phénomène est sensible et difficile à cerner.

Les différents témoignages convergent : il existerait presqu’autant de pistes pour expliquer et définir le décrochage scolaire que d’individus : situation familiale difficile, échec scolaire à répétition, faible estime de soi, rejet des pairs... Finalement, chaque élève a son histoire. Un jeune ne décide pas du jour au lendemain d’abandonner l’école. Plusieurs facteurs interagissent, et le processus de démotivation s’enclenche. Pourquoi se met-il en marche ?

Le désintérêt des élèves

Pour le Professeur en sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne Catherine Blaya, auteur de l’ouvrage Décrochages scolaires : l’école en difficulté, il existe une différence fondamentale entre le décrochage et les élèves " en décrochage ". La dernière appellation concerne des enfants ou des adolescents pour qui le processus est en train de s’écrire. Il est encore possible d’agir.
La genèse de cette forme d’abandon s’explique par différentes conjonctions. Pour Catherine Blaya " il existe souvent des difficultés qui se manifestent dès le début de la scolarité. Des points de fragilité dans la famille, un mode de vie en inadéquation avec l’apprentissage scolaire, une mauvaise relation avec un enseignant...".

Quant à la question d’une typologie de jeunes plus exposés au phénomène du décrochage, Claire Brisset, Médiatrice de la ville de Paris et ancienne Défenseur des enfants, souligne :
" Repérer un jeune en difficulté est un travail très complexe, car tout est multifactoriel."
Bien que peu visibles, il existe cependant quelques indices.

Les alertes

Là encore, une liste exhaustive des signes de détresse s’avère impossible à établir. Certes, un élève qui se montre peu attentif, qui ne fait pas ses devoirs, multiplie les absences chroniques et manifeste un désintérêt certain, est un élève en décrochage. Mais tous les jeunes en difficulté ne manifestent pas forcément leur indifférence de manière aussi visible. " On oublie l’enfant qui s’isole ou qui est isolé, nous rappelle Catherine Blaya. Ceux-là sont souvent victimes d’ostracisme de la part de leurs camarades. Mais il y a aussi les " décrocheurs de l’intérieur ", ils sont silencieux et les répercussions se font très vite ressentir sur les résultats scolaires."

Pour Claire Brisset, il existe beaucoup de façon de souffrir pour un enfant ou un adolescent." Il s’agit d’expressions générales qui se cristallisent à l’école. On souffre à différents stades. Cette souffrance, pour être repérée, demanderait que la médecine scolaire soit beaucoup mieux outillée qu’elle ne l’est, y compris en infirmières scolaires et assistantes sociales scolaires. Pour moi, tout l’enjeu consiste à décrypter la souffrance et à combattre ses répercussions ".

Quelques éléments pour comprendre

Comprendre le malaise et le désintérêt des élèves, est une piste essentielle pour Claire Brisset. " Il est important de préciser que l’école n’est évidemment pas en soi source du malaise ou du décrochage de l’enfant. Encore une fois, il existe beaucoup de pistes multifactorielles." L’exemple qui déconcerte la Médiatrice de la Ville de Paris n’est pas fortuit. " Je trouve que les programmes scolaires sont parfois inadaptés et sont des machines à exclure. Trouvez-vous normal que dans un manuel scolaire de français, en 3e, on parle " d’énoncé ancré et d’énoncé coupé " ? On demande des choses trop compliquées aux enfants, avec un langage qui ne correspond plus à la réalité d’aujourd’hui ".

Cet exemple met en perspective, une problématique plus large qui est celle de la définition de la réussite scolaire, aujourd’hui uniquement synonyme de bonnes notes. " Notre système scolaire n’a pas toujours assimilé la notion, pourtant inscrite dans la Convention internationale sur les droits de l’enfant, ratifiée par la France, selon laquelle elle n’est pas seulement un instrument de transmission du savoir, mais aussi, un outil d’épanouissement des dons de l’enfant ", rappelle Claire Brisset(1). Selon la spécialiste de l’enfance, cette notion est parfois perdue de vue par l’appareil scolaire. " Je ne parle pas des enseignants, qui pour la plupart, sont sortis de l’exigence et de la contradiction de la performance, depuis bien longtemps."

L’impact du décrochage

Ces enchaînements, quels sont-ils ? Claire Brisset nous explique que lorsqu’il est en décrochage, l’enfant a le sentiment d’être débordé. Il peut perdre toute estime de lui et ressent une véritable impression de désaffiliation d’un groupe. Catherine Blaya, précise qu’un élève absent de façon chronique, est un élève qui est systématiquement écarté par ses autres camarades. " Le lien social avec les pairs est important, poursuit-elle. Une fois perdu, il entraine des comportements excessifs, anti-scolaires, parfois même très violents ".

Quant à savoir ce que ces élèves deviennent, la réponse est vaste. " Tout dépend, répond Catherine Blaya. Parfois des solutions alternatives peuvent aider à se construire professionnellement. On peut retrouver ces jeunes, dans des associations de réinsertion. Ou alors, ils restent sans emploi, sans compétence et dénués d’opportunités de se faire une place. Ce qui n’est pas sans conséquence et représente un coût pour la société ".

En effet, parmi les personnes inscrites au Pôle Emploi, les jeunes qui quittent prématurément un système de formation initiale sans avoir obtenu le BEP, le CAP ou le baccalauréat sont trois fois plus présents que les élèves diplômés. Par ailleurs, ce sont près de 180 000 décrocheurs de plus de 16 ans qui ont recensés entre juin 2010 et mars 2011.

Existe t-il des solutions pour contrer cette réalité ?

Des pistes envisageables

Des études rapportées du Québec, montrent que l’implication et la participation des adultes proches de la vie des élèves, conduisent à des effets positifs dans le cadre de programmes d’interventions, définis par un ou des enseignants. Pour être efficace, ils peuvent contenir plusieurs disciplines personnalisées, accompagnées d’un stage dans un domaine qui intéresse les élèves en décrochage, de façon à stimuler leurs motivations. Un suivi dans l’acquisition des connaissances de ce dernier s’effectue par le biais de plusieurs points individuels avec un professeur. Ce moment de rencontre permet d’évaluer les projets de l’élève et l’atteinte des objectifs.

Claire Brisset va dans ce sens : " On prétend que l’Ecole s’est bâtie contre la famille, c’est encore parfois vrai, il faut donc bâtir des ponts. Multiplier les contacts, car l’enfant reste le même, chez lui et à l’école, et à chaque niveau. Il doit ressentir que l’on s’intéresse à lui." Pour la spécialiste, le lien école/famille est indispensable.

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En savoir plus

  • BRISSET, Claire. Les enfants et la loi de la jungle. Paris, Odile Jacob, 2009.
  • BLAYA, Catherine. Décrochage scolaire : l’école en difficulté. Paris, De Boeck, 2010.