SANTÉ PSYCHIQUE
Bac, stress et compagnie ...
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Bac, stress et compagnie ...

Christophe ANDRE, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, est l’auteur de " Imparfaits, libres et heureux ", " Pratiques de l’estime de soi " et de " L’estime de soi, mieux vaut s’aimer pour vivre avec les autres " aux éditions Odile Jacob.

Christophe ANDRE

Article posté le 5 juin 2013 sur la page Facebook Education parents-profs
Texte de Christophe André

Ma deuxième fille, appelons-la Lucie, passe son Bac cette année.

Depuis les vacances de Pâques, la pression monte. Lucie travaille plutôt bien, sans que nous, ses parents, ayons à trop la stimuler ou la surveiller, ce qui est une grande chance dont nous nous réjouissons. Elle a tout de même trouvé dans le Bac un excellent prétexte pour moins participer que d’habitude aux tâches familiales (mettre la table, vider le lave-vaisselle, etc.) : « Je n’ai pas le temps, je dois réviser ». Et lorsqu’elle ne révise pas, mais que nous la trouvons en train de surfer sur Facebook ou qu’elle nous réclame une sortie nocturne supplémentaire, elle nous explique que c’est pour se reposer et se détendre : « Les parents, vous ne vous rendez pas compte du stress que c’est de préparer le Bac ! ».

Pour tous les parents à notre image qui " ne se rendent pas compte ", ce billet sera donc consacré à faire un petit point sur le Bac et le Stress (et à rappeler, comme le montre le dessin ci-dessous, que le stress ne concerne pas que les candidats...).

Le stress

Le stress est l’ensemble des réactions de notre corps et de notre esprit lorsque nous sommes confrontés à une demande de notre environnement, demande qui va nécessiter un effort de notre part. Plus cet effort est important et inhabituel, plus son issue est incertaine, et plus le stress est élevé : c’est pourquoi le Bac, comme tous les examens, est un facteur de stress.

Heureusement, il y a aussi des modérateurs de stress : ce qui diminue notre stress face à une situation donnée, c’est :

  • d’avoir déjà affronté ce genre de situation (c’est ce qu’on appelle l’expérience),
  • de disposer de ce fait d’un savoir-faire adapté (je dis bien savoir-faire, et non savoir seul),
  • que l’on puisse disposer d’une seconde ou troisième chance (c’est pourquoi le stress des acteurs de théâtre ou des concertistes est si souvent important : on ne peut pas demander au public de pouvoir recommencer !).

Lorsqu’on passe le Bac, ces 3 modérateurs de stress font défaut :

  • c’est en général la première fois,
  • les bacheliers pensent souvent que les révisions consistent à accumuler du savoir, et non à faire de très nombreux exercices,
  • même s’il existe une session de " rattrapage ", les élèves sentent que toutes leurs années de scolarité antérieure vont se trouver jugées sur une épreuve de quelques heures, ce qui n’est pas spécialement sécurisant...

L'enquête MAIF sur le Bac et le stress

La très intéressante enquête conduite par l’IPSOS pour la MAIF nous permet de comprendre plus en détail encore ces liens indissociables entre Bac et stress. Parmi les données très riches qui en émergent, j’ai choisi de vous en présenter trois qui m’ont particulièrement intéressé : l’association stress-confiance, les critères de réussite selon les élèves et selon les professeurs, les recommandations d’exercices faites par ces mêmes professeurs.

Tant chez les élèves que chez leurs parents, on est capable de ressentir du stress (65 et 49 %) tout en étant dans le même temps confiant (68 et 67 %) ! Antinomique ? Cela s’explique...
D’abord, élèves comme parents savent que la majorité des candidats seront reçus, d’où la confiance, rationnelle. Mais les uns comme les autres savent aussi que sur les quelques heures d’un examen, tout peut arriver : trac, méforme, malchance, hors-sujet, etc. D’où le stress, pas si irrationnel que ça, au fond.
Une autre explication, non plus psychologique mais anthropologique, suggère que le Bac est une forme moderne de rituel initiatique pour l’entrée dans l’âge adulte : du côté des bacheliers, on va mourir à son enfance (d’où le stress, tout de même) pour y naître à l’âge adulte (d’où la confiance : les rites de passage ne sont pas des loteries, et tout le monde est censé les " réussir ", car la société a besoin de jeunes adultes !).
Et du côté des parents, même mélange d’émotions positives et négatives : le passage du Bac est un événement qui va consacrer notre succès en tant que parents éducateurs (" nous avons bien fait notre travail ") mais aussi le début de la fin (" nous allons bientôt voir notre enfant s’éloigner et vivre sa vie ").

De l’avis des élèves, c’est du moitié-moitié : 46 % d’entre eux jugent que le plus important dans leur préparation c’est la manière dont eux-mêmes se préparent, tandis que 54 % estiment que le plus important c’est la manière dont leurs professeurs les préparent.
Chez les enseignants, perception différente : pour 89 % d’entre eux, le principal facteur de réussite d’un élève au Bac, c’est son propre travail et son implication. Alors que seulement 11 % considèrent que c’est l’apport du professeur en termes de connaissance et de méthode qui est décisif.
Si l’on accorde du poids à l’expérience, l’avis des enseignants (qui ont vu défiler des générations de bacheliers) serait donc le plus fiable : la clé de la réussite au Bac c’est tout simplement le travail de l’élève (la prochaine fois que ma fille Lucie rouspète après un de ses profs, en m’expliquant qu’à cause de lui elle risque de rater son Bac, je lui montrerai le sondage...).

À la toute fin de l'enquête (composée en général de questions fermées auxquelles on répond par " oui " ou " non ") figure un temps de questions ouvertes auxquelles on répond de manière plus libre, et donc plus riche. Dans l’étude dont nous parlons ici, ce temps révèle, comme souvent, des éléments intéressants. La question posée (aux élèves, aux parents et aux enseignants) était : " Quels conseils donneriez-vous pour réussir le baccalauréat ? "
Si on retrouve dans les trois populations les grands conseils prévisibles de travailler régulièrement, d’avoir une bonne hygiène de vie et de " rester zen ", certaines recommandations sont spécifiques à une population donnée.
Et notamment de la part des enseignants : ainsi, ils mettent l’accent sur l’intérêt de " s’entraîner par des exercices ". C’est exactement ce que recommandent les spécialistes du stress pour se préparer : les mises en situations. Le seul savoir ne suffit pas, c’est le savoir-faire, cultivé par des exercices réguliers (cf. l’entraînement des pompiers, des sportifs ou des militaires, métiers à haut niveau de stress) qui fera la différence le jour J : les automatismes patiemment travaillés pourront alors ressurgir, malgré le parasitage émotionnel.

Pour conclure ...

Vous l’avez compris, que vous soyez parent ou enseignant (ou les deux), vous prendrez sans doute beaucoup d’intérêt à parcourir cette grande enquête (c’est vrai aussi si vous êtes bachelier, mais je pense que vos préoccupations vont ailleurs en ce moment).
Cependant, il y a une question, " ouverte ", dont j’aurais bien aimé lire les réponses, et qui n’y figure pas. C’est celle qui aurait interrogé les élèves ainsi : " Si vous ratiez votre bac, ce serait à cause de quoi ? "

Il est vrai que ce n’aurait pas été très charitable de questionner ainsi des candidats stressés, mais j’y pense parce que Lucie vient de nous asséner l’argument. Hier encore, alors que nous lui demandions de mieux ranger sa chambre, elle nous répondait avec courroux : « OK, OK, mais si je rate le Bac, à force de perdre mon temps à ce genre de trucs, ce sera de votre faute ! ».