SANTÉ PSYCHIQUE
Bac, stress et compagnie ...
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Christophe ANDRE

Article posté le 14 juin 2013 sur la page Facebook Education parents-profs en réponse aux commentaires des internautes à l’article précédent.

Merci pour vos très nombreuses réactions. Comme prévu, vos avis sont très variés, très différents, et très intéressants à parcourir : un vrai débat !

Certains remettent d’ailleurs en cause l’intérêt de ce débat, comme Lisa :

« J'ai eu mon bac l'année dernière. Oui, je stressais car j'étais une élève moyenne et de toute manière je suis de nature stressée. Mais qu'ils arrêtent de pondre des articles sur le bac ! »


D’autres s’interrogent quant au fait de solliciter l’avis d’un psychiatre, comme Florence :

« Non mais c’est quoi ce délire depuis quand y'a besoin d'un psy pour élever ses gosses ? Y’a pas mieux que l'instinct maternel et ce que l'on ressent. Parfois quand il y a vraiment de gros problèmes il faut consulter ; mais t'as qu'à voir les enfants de psys... »


Bon... Nous allons quand même essayer de proposer quelques axes de réflexion dans ce passionnant foisonnement d’avis et d’idées !

Stress et bac : mythe ou réalité ?

Il ressort des études (principalement anglo-saxonnes) menées sur le sujet que la verdure a des effets positifs sur la santé des personnes, mesurables en termes de diminution du stress et d’allongement de l'espérance de vie (cf. Wikipédia).

Vous êtes quelques-uns à considérer qu’on en fait trop sur le stress des bacheliers :

  • Marie : « Arrêtez votre délire ! Dans notre époque ça n’existait pas ! »
  • Catherine : « Oh les pauvres chéris !!! »
  • Frédéric : « Qu'on arrête un peu avec ces pauvres petits. On faisait pas toute une histoire pour un exam à l'époque. Maintenant ça relève du stress post-traumatique. N'importe quoi ! »

Mais d’autres soulignent que le stress a toujours existé, sous d’autres appellations, et que c’est simplement sa médiatisation excessive qui est nouvelle, et peut-être toxique :

  • Jacotte : « Il y a 40 ans le stress n'existait pas, les étudiants avaient la trouille, la boule au ventre, et ça n'avait pas l'importance de maintenant. »
  • Josyane : « Nous aussi on était stressés, personne ne s'en souciait, le Bac devient "un défi insurmontable", la médiatisation, la bêtise humaine, c'est ça qui stresse nos jeunes ! »

Est-ce que, finalement, trop parler d’un problème ne finit pas par l’amplifier ? Est-ce que moins en parler permettrait de moins stresser ?

Nous ne trancherons pas ici, mais constaterons que chaque stratégie a ses limites : ne pas en parler peut conduire celles et ceux qui stressent à se sentir isolés et infériorisés, et aussi à ne pas recevoir de soutien. Mais trop en parler peut effectivement amener à trop y penser et à monter le problème en épingle.

Où se situerait le juste milieu ? Peut-être en médiatisant moins, et en abordant la question tranquillement, entre profs et élèves ? En rappelant que le stress est un phénomène normal, que nous aurons souvent à affronter dans notre vie d’adulte, et que le bac est une occasion de stresser parmi d’autres, qu’on s’en remettra, mais qu’il y a des conseils simples pour ne pas le laisser prendre trop de place ?

Bac : utile ou toxique ?

La solution des contrôles continus est fréquemment été mise en avant par beaucoup d’entre vous :

  • Roselyne : « Pourquoi faut-il évaluer le travail d’un élève bachelier en lui infligeant un examen, un seul pour toutes les matières, sanctionnant tout le travail de deux années, sachant que le stress chez certains leur fait perdre une partie de leurs moyens ? Pourquoi ne pas faire une évaluation continue des acquis au fur et à mesure jusqu’à ce que les bases principales pour chacun soient assimilées ? »
  • Monique : « Je pense qu'ils devraient faire une moyenne de l'année, car certains jeunes très doués tout au long de l'année peuvent être si stressés qu'ils peuvent le louper à cause de ça ! Le stress peut se maîtriser mais avec les années ! »
  • Claudine : « Le contrôle continu serait beaucoup moins stressant et coûterait beaucoup moins cher ! »

Tandis que d’autres rappellent que le bac peut être considéré comme un entraînement, une répétition générale, préparant les élèves à d’autres examens ou échéances à venir (entretiens d’embauche, présentations orales à fort enjeu, etc.) :

  • Valérie : « Et lorsqu'ils auront à décrocher un job sur concours, entretien ou autre, avec la concurrence qui va grandissant, il y aura forcément du stress... Inutile donc de vouloir encore et toujours continuer à les surprotéger. Ils sont déjà assez assistés comme ça. »
  • Thibaud : « Si on parlait du stress en supérieur, notamment prépa Maths Sup ? Je crois que c'est une toute autre chose... Qu'ils profitent de leurs derniers moments tranquilles ! »

La réponse à ce débat se trouve peut-être dans l’enquête de la MAIF (page 7) : une large majorité (51 à 61 %), que ce soit chez les élèves, les enseignants ou les parents, souhaite que le Bac soit transformé. Non pas converti en contrôle continu, mais adapté en épreuve mixte où le contrôle continu apporterait la moitié de points (rassurant pour moins stresser) alors qu’un examen terminal apporterait le reste (intéressant pour s’habituer quand même à passer une épreuve).

Stress et bac : d’où vient la pression ?

La plupart des parents qui sont intervenus dans le débat reconnaissent volontiers leur propre inquiétude :

  • Nathalie : « Moi je dis que c’est les parents qui sont plus stressés, qui leur mettent la pression !! Perso je reste zen jusqu’à présent... J’avoue que le 17 juin j’aurai un pincement et penserai fort à elle, mais je sais que quelque part elle l’aura... »
  • Elizabeth : « Moi je suis redoublante en TL et je repasse le Bac cette année. Je commence déjà à stresser car je me dis que je n'ai pas le droit à l'erreur et ma mère me le répète souvent, ce qui me fait encore plus stresser. »
  • Noëlle : « Ma fille passe le bac. Je reconnais, je stresse plus qu'elle, pourtant par rapport à sa sœur, c’est pas comparable. »
  • Jane : « Bien, votre dessin. C'est moi (la mère) il y a quelques années. Mes deux enfants passaient le bac. Le fils repiquait. J'ai passé deux années horribles. Sous Lexomil ! Stress devant leur manque de travail. Crainte de l'échec. Culpabilité car j'étais enseignante. Ouf, Bac obtenu par mes deux enfants. Mention pour la fille. Les années suivantes, je ressentais encore un petit pincement au cœur en juin... »

Mais cette inquiétude n’est-elle pas finalement le reflet de celle que notre monde contemporain insuffle aux parents ?

Bien que de nombreux et incontestables progrès aient été accomplis par rapport aux sociétés qui nous ont précédé, il y a un point sur lequel les sociologues sont unanimes, c’est celui des pressions compétitives sur les citoyens modernes : il ne s’agit pas comme jadis de mériter sa place, mais déjà d’en trouver une ! Les sociétés anciennes étaient inégalitaires, sur le modèle du « chacun à sa place » et l’échec dans les études ne signifiait pas une exclusion du monde du travail, mais juste de moindres perspectives. Aujourd’hui, les inégalités sont toujours là, et ce n’est plus « chacun à sa place » mais « il n’y aura pas de place pour tout le monde ».

Certains pensent d’ailleurs que le système scolaire ne devrait pas refléter ce modèle ni renchérir sur ses défauts, comme Catherine : « Pour moi qui ne suis pas française, seulement depuis 16 ans par mariage, je trouve le système scolaire français rétrograde, asservissant, asphyxiant... La quête de tout être humain est le bonheur... Alors lâchons nos enfants et faisons une vraie réforme profonde en regardant les pays tel que la Finlande ou la Nouvelle-Zélande... » Mais nous n’allons pas ouvrir ici un nouveau débat !

Alors, donnons le mot de la fin à Lyne, qui rappelle sans dramatiser pourquoi le Bac mobilise encore tant d’émotions : « Le Bac, est l'examen final, qui clôture, les études secondaires... C'est un passage important émotionnellement, car l'adolescent sait qu'il va quitter sa vie d'écolier, pour une autre forme de vie... plus adulte ! Parfois, ce n'est pas tant les épreuves qui sont stressantes, mais ce qui est en jeu, dans l'esprit de l'adolescent... »

Allez, bon Bac (et bel été ensuite) à tout le monde, élèves, professeurs et parents !