#ÇaYestJeSuisProf

Mon premier cas de cyberharcèlement

Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux sont utilisés de façon positive et responsable par une grande majorité des jeunes. Ces derniers les ont pleinement intégrés à leur vie sociale. Ainsi, ce qui se partage entre les smartphones ne fait qu’un avec les échanges de la « vraie vie », pour le meilleur mais quelquefois aussi pour le pire. C’est le cas notamment des propos diffamatoires, humiliants, agressifs, de la divulgation d’informations ou d’images personnelles... Lorsqu’elles font appel aux nouvelles technologies, ces formes de harcèlement sont qualifiées de cyberharcèlement. Dans le cadre scolaire, le cyberharcèlement entraîne notamment une perception dégradée du climat scolaire et une démotivation chez les élèves qui le subissent. Comment reconnaître une situation de cyberharcèlement ? Comment agir face au cyberharcèlement ? Comment le prévenir ? Les quelques conseils ci-dessous vous permettront d’y voir plus clair, de savoir comment réagir et sur qui vous appuyer.

jeune enseignant

Conseils pratiques

  • Reconnaître une situation de cyberharcèlement

    21 % des adolescentes et 15 % des adolescents déclarent avoir connu au moins une situation de cyberharcèlement, selon une étude de la Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP, 2015). En tant qu’enseignant et avant toute prise de décision, il est important d’avoir une vision nourrie de ce phénomène, d’un point de vue social, psychologique ou encore légal. Identifier les premiers signes de cyberharcèlement chez un élève peut le sauver d’une situation de souffrance et de décrochage scolaire. Par ailleurs, et comme bien souvent à l’école, l’enseignant ne doit jamais se considérer seul face à ce problème. Il peut, en effet, compter sur un écosystème d’acteurs, depuis ses collègues jusqu’au monde associatif, en passant par sa hiérarchie et les professionnels du domaine psychosocial.

    Comprendre le cyberharcèlement
    • Mettez des mots sur les situations de cyberharcèlement. Le guide de prévention des cyberviolences en milieu scolaire du ministère de l’Éducation nationale liste notamment les propos diffamatoires, humiliants, agressifs, mais également la divulgation d’informations ou d’images personnelles, l’usurpation d’identité (catfishing) et le slut-shaming, stigmatisation de certaines attitudes ou manières de s’habiller des jeunes filles.
    • Identifiez ses spécificités. Le cyberharcèlement possède toutes les caractéristiques du harcèlement et notamment son caractère déséquilibré (un/des agresseur(s) face à un agressé) et répété. La recherche montre cependant qu’Internet peut agir comme un désinhibiteur, favorisant l’absence de contact physique et l’anonymat. Des jeunes peuvent alors commettre certains actes qu’ils n’auraient jamais envisagés dans la « vraie vie ». Par ailleurs, là où le harcèlement physique s’arrête une fois passé la porte de la maison, le cyberharcèlement se poursuit en ligne et les insultes et les humiliations prennent une tout autre dimension lorsqu’elles risquent d’être inscrites « pour toujours » sur la toile.
    • Identifiez les supports du cyberharcèlement. On pense d’abord aux réseaux sociaux qui impliquent la personne à travers son profil et peuvent l’exposer à des injures, des moqueries, des menaces ou encore des prises de contact insistantes. L’association e-Enfance identifie également les messageries instantanées, les forums, chats ou encore les jeux en ligne comme possibles théâtres de harcèlement.
    • Situez le cyberharcèlement par rapport à la loi. Comme forme de harcèlement qui s’exprime à travers les technologies de l’information et de la communication, le cyberharcèlement est réprimé par l’article 222-33-2-2 du Code pénal depuis la loi du 4 août 2014. Le harcèlement moral y est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende, et l’article prévoit des circonstances aggravantes lorsque les faits ont été commis sur Internet.
    • Informez-vous sur les pratiques numériques des adolescents. Selon le sondage « Parole aux Jeunes » mené par Diplomeo auprès de 4 312 jeunes âgés de 16 à 25 ans, à peine plus d’un tiers des 16-18 ans utilisent encore Facebook en 2020, alors qu’ils sont près de 90 % à utiliser Instagram. Signe positif : 80 % des jeunes ont des comptes privés sur les réseaux sociaux. Pour la majorité des 16-18 ans, un réseau social est un outil de travail presque naturel avant d’être un moyen de devenir célèbre : plus de 8 sur 10 travaillent avec leurs camarades sur les réseaux sociaux. Bien entendu, perceptions et usages dépendent de l’âge, mais retenez avant tout qu’une vérité dans ce domaine est très vite dépassée. La communication intergénérationnelle que favorise l’école est ici indispensable !
    • Pensez aux témoins. Le harcèlement doit se voir comme une relation triangulaire victime-agresseur-témoins. C’est une dimension importante du phénomène. Les comportements de l’agresseur, tout comme le ressenti de la victime, seront largement influencés par le nombre de témoins, de vues, de likes... Dans une situation de cyberharcèlement, des témoins « actifs » vont contribuer, par leurs commentaires, le partage des photos ou propos dégradants, à blesser la victime sans pour autant prendre conscience qu’ils se rangent alors du côté de l’agresseur. Les témoins « passifs » ne participent, quant à eux, pas directement au harcèlement mais, souvent par peur, ils ne s’y opposent pas non plus. Réciproquement, le harcèlement a un effet néfaste sur les témoins (sentiment d’injustice, anxiété, enrôlement…) et peut fortement dégrader l’ambiance d’une classe, le climat scolaire d’un établissement.
    Identifier les signes d’une situation de cyberharcèlement
    • Observez les variations d’intérêt vis-à-vis des activités en classe : baisse des résultats scolaires, retards, oublis... sont autant de signes qui, sans relever systématiquement d’une situation de harcèlement, peuvent vous mettre la puce à l’oreille.
    • Soyez attentifs aux changements d’aspect physique de vos élèves. Le cyberharcèlement génère beaucoup d’anxiété chez la victime ; ce qui entraîne de la fatigue et parfois des blessures auto-infligées. Bien entendu, cette attention doit être portée le plus discrètement possible et en lien avec l’infirmerie de l’établissement.
    • Repérez les réactions moqueuses ou suffisantes lorsque le cyberharcèlement et l’Internet responsable sont abordés en classe. Les auteurs de telles actions témoignent, en effet, souvent d’un manque d’empathie et ont tendance à minimiser la portée de ces agressions.
    • Faites attention aux échanges verbaux informels au sein de votre classe. Bien sûr, vous ne pouvez pas contrôler toutes les conversations qui ont lieu dans votre cours. Mais c’est souvent dans les « temps morts », entre votre consigne et la mise au travail de vos élèves, que des paroles faussement anodines peuvent être dirigées contre un élève.
    • Écoutez, observez et régulez les réactions des élèves quand vous créez des groupes de travail. Le refus répété de travailler en groupe avec tels élèves ou même avec qui que ce soit peut traduire une volonté de s’isoler, un repli sur soi qu’il convient de repérer. À l’inverse, ne laissez pas passer la mise à l’écart d’un camarade et demandez des explications. Vous identifierez peut-être le « meneur » à l’origine de cette mise à l’écart et ceux qui le suivent qui jouent un rôle tout aussi important dans la situation.
    • Ouvrez votre cours sur Internet et les enjeux numériques. Il est parfois difficile de savoir ce qu’il se passe dans le monde connecté des jeunes. En effet, pour des raisons qui peuvent être légitimes par ailleurs, la loi interdit le téléphone portable au collège. L’usage d’ordinateurs ou de tablettes connectés à Internet en classe peut permettre aux élèves d’évoquer leurs pratiques numériques, bonnes ou moins bonnes. Ils découvrent, à cette occasion, un monde numérique bien plus large que celui de leur réseau social préféré et développent ainsi une conscience des enjeux citoyens de l’Internet responsable.
    Connaître les acteurs pour lutter contre le cyberharcèlement
    • Entourez-vous de vos collègues. Vous n’êtes pas seul(e) face à une situation de cyberharcèlement parmi vos élèves. Les enseignant(e)s qui partagent votre classe et connaissent bien vos élèves vous offrent bien souvent une oreille concernée et expérimentée. Les collègues qui enseignent l’ÉMI (Éducation aux médias et à l’information) peuvent vous aider sur l’identification du problème, le cadre légal de telle ou telle pratique sur les réseaux sociaux.
    • Comptez sur les personnels non enseignants, en priorité la ou le CPE (Conseiller principal d’éducation) qui représente un lien privilégié avec la famille et la vie hors classe en général. L’infirmier ou l’infirmière sont bien entendu incontournables pour l’identification, le traitement et le suivi des situations de harcèlement, mais aussi pour la mise en place d’actions de prévention. La direction joue également pleinement son rôle en constituant un autre maillon dans la chaîne des responsabilités et des prises de décision.
    • Informez-vous sur les partenariats locaux qui existent dans votre établissement, en particulier avec la police, la gendarmerie et/ou les associations locales.
    • Prenez en compte l’échelle académique. La Délégation académique au numérique éducatif (DANE) est la cellule académique spécialisée dans les questions liées au numérique, et notamment dans l’usage qu’en font les jeunes, que ce soit pour le premier ou le second degré. De plus, chaque académie possède un référent harcèlement et, dans certaines académies, existe un GACS (Groupe académique climat scolaire). Le GACS vise à fédérer les actions conduites par les différents acteurs du harcèlement scolaire, selon leurs champs de compétence et d’intervention. Des formations sont régulièrement proposées au Plan académique de formation de votre académie. Repérez-les et inscrivez-vous !
    • Appuyez-vous sur les actions nationales. L’Éducation nationale propose divers outils pour lutter contre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement. Sur son site Internet dédié, un numéro d’écoute et de prise en charge, le 3020, est mis au service des familles et des victimes. Les élèves sont directement sollicités depuis 2015 à travers une journée dédiée en novembre, un Prix « Non au harcèlement » et la formation d’« ambassadeurs lycéens » qui permet une sensibilisation et une formation des élèves par leur pairs.
    • Appuyez-vous aussi sur les structures et les programmes existants. Le programme Internet sans crainte propose des ressources adaptées aux élèves, aux parents et aux acteurs éducatifs pour accompagner les usages du numérique. Certaines ressources sont conçues spécifiquement pour aborder le cyberharcèlement avec les jeunes. L’association e-Enfance gère, quant à elle, le dispositif Net Écoute au 0800 200 000, pour agir contre le cyberharcèlement et les cyberviolences. Les Petits Citoyens accompagnent les parcours civiques et citoyens des enfants de 7 à 11 ans. Enfin, la Ligue de l’enseignement, qui regroupe 30 000 associations locales, développe deux dispositifs que vous pouvez adapter dans votre établissement : « les sentinelles » sont des adultes ou des élèves qui repèrent des situations de harcèlement. Ils interviennent auprès de la victime, des observateurs passifs mais jamais auprès de l’agresseur. « Les veilleurs » est un dispositif centré sur le rôle de témoin dans une situation de cyberharcèlement. Il s’appuie sur des élèves volontaires pour améliorer le climat scolaire.

On a testé pour vous !

3 plateformes numériques qui proposent des ressources pour agir contre le cyberharcèlement.

Pour en savoir plus