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Trois questions à... Michèle Bromet-Camou


Michèle Bromet-Camou,

Michèle Bromet-Camou, psychologue clinicienne et psychothérapeute, se penche sur les risques de l'adolescence. Elle est aussi l'auteur d'ouvrages sur l'autisme et l'adoption.

Pourquoi l'adolescence est-elle une période difficile ?

Ce qui se passe dans la tête de l'adolescent, ses émotions, ses pulsions, ont beaucoup à voir avec ce qui se passe dans son corps. Avec la puberté et les poussées hormonales, les transformations physiques se font à grande vitesse, tandis que naissent des idées, des désirs et des pulsions nouvelles.

La transformation pubertaire, bien sûr, n'est pas une maladie, bien au contraire, elle signe le bon développement physique de l'adolescent. De la même façon, l'explosion des pulsions, des désirs et des idées n'est pas non plus pathologique. Bien au contraire, elle marque le potentiel de vie contenu chez l'adolescent.

Cette transformation, de chrysalide en papillon, se traduit par le besoin d’aimer, de vibrer, de se sentir exister, de faire peau neuve, de prendre des risques, de refaire le monde, de se sentir désiré, et surtout, de se sentir reconnu ! En même temps l'angoisse est grande d'éclore, de quitter l'enfance, de quitter ce qu'on connaît !

Quelles en sont les caractéristiques comportementales ?

On repère chez l'adolescent le désir effréné de découvrir le monde et de le refaire. Ce goût du risque est tellement fort qu'il entraîne son corollaire nécessaire, la peur et l'angoisse de vivre à 200 à l'heure et de s'aventurer sur un nouveau terrain. Cette peur, le plus fréquemment, n'est pas dite. Elle transparaît seulement et prend des formes très diverses : prise de risques réels, apathie, désinvestissement scolaire, perfectionnisme, agressivité...

L’adolescent désapprouve ses parents, les pousse au loin pour aller découvrir le monde. Il va se prouver qu'ailleurs, c'est mieux ! Il veut mettre à distance la maison et projeter de créer autre chose. Et en même temps, il continue ses études, s'investit plus que jamais, aime s’entendre dire : maintenant tu n'es plus un enfant ! Ses pensées contredisent certains propos. Pas toujours facile d’entendre qu’il faut se séparer alors qu'on a envie de sucer son pouce, d’entendre qu'il ne faut pas sortir ce soir alors qu'on a qu'un seul désir, retrouver ses copains. Quel chahut, quel chaos parfois !

Il ressent le besoin impérieux d'aller trouver ses pairs, de parler, d’échanger, de "traîner". "Traîner" ensemble, pour ne plus se sentir seuls avec ce nouveau corps, ces nouvelles questions, ces désirs envahissants, ces altercations avec les parents ! Traîner, pour tenter de ralentir la transformation intérieure trop violente.

Quelle angoisse de ne pas se reconnaître, et parfois de n'être pas reconnu ! Quel risque d'y perdre son identité, de ne plus ressentir le monde comme avant et quelle tentation de s'en inventer un autre en se plongeant naturellement dans des rêveries ou en les provoquant avec des artifices : cannabis alcool...

 

Quelle peut être la réponse d'un enseignant face à un adolescent en souffrance (agressivité, décrochage scolaire, problème relationnel) ?

L’enseignant n'est jamais personnellement visé dans les agressions de l'adolescent. Il est le dépositaire d'une histoire, d'un compte à régler avec les adultes. D’autre part, les phénomènes de groupe amplifient l'expression de la problématique adolescente. Enfin, les réponses ne sont pas uniquement à chercher, à trouver dans les mots mais plutôt dans une attitude intérieure qui va limiter et tranquilliser l'adolescent.

Les êtres humains grandissent lorsqu'on énonce leurs capacités et se détruisent lorsqu'on souligne leurs incapacités. C’est encore plus vrai pour l’adolescent. Il est en transformation constante excepté lorsqu'il est définitivement étiqueté.

Les enseignants ont à se tenir à leur fonction sans jouer le rôle de parents vis-à-vis d’un élève. Le lien avec les parents est en revanche parfois souhaitable dans un esprit de coéducation et en présence de l’adolescent.

En dehors du cadre familial, il est aussi parfois nécessaire que l'enfant ait un lieu d'écoute (infirmière, CPE de l'établissement...).

L’enseignant, de son côté, peut se rapprocher de ses collègues ou d’un tiers (psychologue, CPE...) pour échanger sur des problématiques rencontrées.

Face aux élèves, enfin, il est important de rester en bonne santé. L'adolescent y verra une réassurance quant à son angoisse de vivre dans ce monde.

En savoir +

Michèle Bromet-Camou a eu l’occasion d’animer des conférences organisées par la MAIF sur l’adolescence et les conduites à risques. Une douzaine de réunions sur ce thème sont programmées cette année en région. Les personnes intéressées peuvent s'inscrire en ligne.