Trois questions à... Denis Cheissoux

Denis Cheissoux,
producteur sur France Inter a créé "CO2 mon amour", émission réalisée dans sa première version en... 1988. Aujourd’hui ce magazine de nature et d’environnement "qui empêche de réchauffer, de polluer et de penser en rond", enfin qui essaie... est écouté par près de 500 000 auditeurs, tous les samedis à 14 h. Il est aussi le producteur et l’animateur de l’émission "L’as-tu lu mon p’tit loup ?" chaque dimanche soir sur France Inter, rubrique consacrée à l’actualité des livres pour la jeunesse. Les deux ont un point commun, elles parlent d’avenir... Depuis 2007, Denis Cheissoux anime pour la MAIF un cycle de conférences sur les risques climatiques, qui ont réuni plus de 9 000 participants.
Pourquoi une sensibilisation aux risques climatiques ? Quels en sont les enjeux ?
Aucun assureur, réassureur ne peut faire l’impasse sur ce qui va structurer notre siècle. Nous n’échapperons pas aux réalités physiques du monde, attestées par plus de 2500 climatologues mondiaux. Les réchauffements, glaciations ont toujours existé. Le problème est que nous avons déréglé le thermostat de la planète par excès de production, consommation qui ont apporté progrès, bonheur, prospérité indéniables... à 1/5e de l’humanité. Nous avons vécu comme des cigales. Aujourd’hui nous épuisons notre capital car nous vivons au dessus de nos moyens.
Quel climat voulons-nous demain est une co-production signée par la nature ET l’homme. Nous sommes à la fois le problème et la solution de cette affaire qui touche aussi bien les domaines écologiques, sociaux, économiques, démocratiques que ceux de la pensée.
Pierre Radanne(1) pose bien et simplement la question : Comment faire la paix avec la planète et les hommes ? Le cahier des charges de ce 21e siècle est vertigineux et passionnant.
Qui doit-on sensibiliser au réchauffement climatique ?
Tout le monde, sauf à échapper aux réalités physiques du globe. Nous devons renégocier nos vies sur un tempo plus sobre. Le gâchis, le jetable, le toujours plus vite, plus loin, moins cher et l’abondance (sauf en énergies renouvelables) sont derrière nous. C’est une chance.
Nous vivons la première grande question politique posée à l’humanité qui imposera de la solidarité, du partage, des efforts réels, des changements personnels profonds... Nous allons redistribuer les cartes. Autant le faire volontairement et dans la douceur plutôt que de subir les chaos du monde. Notre génération est là pour limiter la casse. Disons les choses comme elles sont.
Ceux qui n’anticipent pas seront perdants. Les mieux lotis, à l’origine de ce dérèglement, doivent aider les autres et bâtir un avenir commun.
Quel est le rôle de l’école dans la sensibilisation au risque climatique ?
Certes, il faudra de la science, de la technique mais surtout beaucoup de pédagogie. Le chemin est ténu : alerter, informer, expliquer les phénomènes et… donner confiance en l’avenir malgré les crises écologiques, financières et morales. Montrer ce qui marche et mettre les jeunes au centre. Acteurs de cette affaire, ils le sont déjà et devront devenir plus intelligents que nous sur ces sujets vitaux qui n’ont rien à voir avec une couche de peinture verte.
Les bons comportements, les bons gestes ne suffisent pas. Nous devons expliquer à nos enfants que l’usage d’un objet est plus important que son appropriation, que nous sommes nous-même un écosystème relié aux autres et à la nature tellement négligée. Nous ne vivons pas hors sol.
Nous devons aussi leur apprendre que la terre n’est pas un immense supermarché, tout à l’opposé de ce que nous ont "enseigné" le marketing et la publicité durant 30 ans.
Du couple compétitivité-concurrence qui nous a été vendu comme seule solution, nous entrons dans l’ère de la compétitivité et de la coopération.
Chaque espèce cotise pour la vie des autres, c’est bien cela la définition d’une mutuelle ?
En tant que citoyen, nous pouvons faire la moitié du chemin. Le reste est l’affaire des décideurs et détenteurs de capitaux. Il faut secouer nos politiques. Aujourd’hui, peu d’entre eux tiennent un discours solide. Anticiper, agir, c’est possible et obligé ! Nous devons décarboner la terre et nos esprits.
On ne change pas de Terre mais de civilisation, cela prendra une génération.
(1) Pierre Radanne : ancien Président de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).