Revue d'activités sportives
L'éducation physique et sportive, discipline à part entière dans le système éducatif français, affirme une spécificité certaine en proposant aussi bien aux élèves des petites sections de maternelle qu'aux élèves de cours moyen une infinie variété de situations pédagogiques qui permettent de solliciter de manière toujours renouvelée leurs ressources.L'accident, s'il arrive, dont les causes peuvent être multiples, peut être bénin et n'occasionner qu'une interruption momentanée de l'activité. Si l'accident est plus grave, la responsabilité de l'État sera recherchée, substituée à celle de l'enseignant si celui-ci a commis une faute. Nous allons ici aborder plusieurs exemples de l'enseignement des activités physiques et sportives où les décisions des magistrats diffèrent quant à l'analyse du contexte de la situation d'enseignement.
Trampoline 1
Un élève du cours moyen
deuxième
année chute d'un trampoline et se blesse : fracture des
membres inférieurs.
La classe était
divisée en deux groupes, le premier jouait au handball et le
second faisait du trampoline.
L'institutrice
déclare s'être trouvée à
proximité du trampoline et que l'élève
s'est mal réceptionné. Or le
témoignage d'un élève contredit cette
version. Le document daté de plusieurs années n'a
pas suffi pour infirmer la déclaration initiale d'accident.
La
faute n'est pas prouvée et la responsabilité de
l'État substituée à l'enseignant n'est
pas retenue.
Devenu majeur (la reprise d'instance est
possible), l'élève reprend l'action civile : la
cour, en appel, relève qu'il résulte de la
déclaration étayée par un croquis des
lieux, que l'institutrice se trouvait postée à
équidistance des deux activités sportives en
cours dans un même lieu et donc parfaitement en mesure d'en
suivre simultanément le déroulement.
Le
jugement en appel confirme celui de première instance.
Trampoline 2
Un élève de cours moyen
première année après avoir accompli un
«salto avant» tombe entre deux tapis qui
s'étaient écartés et se blesse aux
dents et à la bouche.
Les magistrats vont relever
que le maître d'école, dont la surveillance doit
être la plus complète possible, s'occupait de
l'atelier «gymnastique au sol» alors que du fait
des propulsions en hauteur, c'était l'atelier
«trampoline» qui présentait le plus de
danger. En outre, l'intervenant extérieur
(éducateur municipal) surveillait un troisième
atelier.
Les deux tapis avaient été
écartés par suite de la réception
antérieure d'un autre élève, ils
n'avaient pas été remis en place, ce qui a accru
les effets néfastes du choc.
C'est là,
la faute commise par l'enseignant, qui aurait dû veiller
à ce que les tapis soient replacés
après chaque saut, ou tout du moins après trois
ou quatre passages des élèves.
La
responsabilité de l'État substituée
à celle de l'enseignant est retenue.
Vélo
Lors
d'une activité d'initiation au vélo, un
élève de maternelle chute sur la barre centrale
de la bicyclette. Cette chute entraîne des traumatismes
très graves au niveau du scrotum et de l'urètre.
Les
juges vont relever qu'il y avait deux institutrices et un
éducateur de la ville, l'activité concernant la
classe entière. La séance s'est
déroulée en grands groupes et non en petits
groupes, voire individuellement. Or il est clair que cette pratique
sportive, surtout avec de très jeunes enfants, suppose la
présence d'un adulte à proximité pour
parer à d'éventuelles chutes.
Telle
serait l'attitude du «bon père de
famille» : en organisant une activité collective
pour de jeunes enfants défaillants dans la
maîtrise de l'équilibre, les enseignants et par
conséquent l'État substitué
à eux, ont manqué à leur obligation de
mise en oeuvre des conditions de sécurité
normales et adaptées en fonction du public auquel il
s'adresse.
En conséquence la
responsabilité de l'État substituée
à celle des enseignants est retenue.
Saut de haies
Au cours d'une séance de saut de haies, une
élève de cours moyen première
année heurte une haie et chute. Elle se blesse au niveau de
l'humérus : fracture complexe.
Les juges de
première instance précisent qu'il s'agissait de
franchir trois obstacles successifs constitués de haies
placées à une hauteur adaptée
à l'âge des élèves.
L'exercice était exécuté sous le
contrôle et la surveillance de l'institutrice. La fillette
s'est pris les pieds dans l'obstacle et l'institutrice qui se trouvait
à côté d'elle n'a pu la retenir.
L'accident résulte de circonstances fortuites et
imprévisibles. Aucune imprudence n'est prouvée.
La
responsabilité de l'État substituée
à celle de l'institutrice n'est pas retenue.
Les parents interjettent appel de ce jugement, sur le
fondement de ce que
l'institutrice n'aurait pas la compétence d'enseigner
l'éducation physique et sportive. La cour va rappeler, avec
force, que les professeurs des écoles ont, dans leurs
statuts, l'obligation de faire pratiquer des activités
physiques à leurs élèves.
Dans
le cas qui nous intéresse, l'institutrice avait pris la
précaution de faire passer les élèves
les uns après les autres pour éviter toute
bousculade. Le port de verres correcteurs, argument invoqué
par les parents, n'a pas pour effet d'empêcher la pratique de
l'athlétisme.
La cour d'appel
confirme le jugement de première instance : la
responsabilité
de l'État substituée à celle de
l'institutrice n'est pas retenue.
Tennis
Lors d'une séance d'initiation au tennis, un
élève du cours moyen s'exerce à lancer
la balle au-dessus du filet. Il est placé à
côté de l'un de ses camarades qui est alors
atteint au visage par sa raquette (fracture de plusieurs dents).
Dix
enfants avaient été placés de part et
d'autre du filet en deux lignes parallèles. Les juges
rappellent que les mouvements de raquettes sont inhérents
à la pratique du tennis. Ils ne sont pas
imprévisibles : l'initiation implique par
conséquent de la part de l'enseignant, que soit
prévu un espace suffisant entre les joueurs pour effectuer
les mouvements sans risque de heurter les autres
élèves.
En l'espèce, en
plaçant cinq enfants en ligne, l'institutrice n'a pas fait
en sorte qu'ils puissent effectuer les mouvements requis : l'amplitude
de ces gestes était d'autant plus grande qu'ils
étaient inexpérimentés. Elle n'a pas
organisé l'espace du jeu de manière à
ce que les enfants puissent effectuer les mouvements requis sans
risquer de blesser le voisin. Elle a, en organisant de
manière minimale les intervalles entre les
élèves, commis une faute .
La
responsabilité de l'État substituée
à celle de l'institutrice est retenue.
Patins à roulettes
Lors d'une activité de patins à
roulettes, une
élève de cours moyen est bousculée et
chute (fracture du nez, plaie grave à la lèvre).
Les
juges vont estimer que cette activité pratiquée
par des enfants d'une dizaine d'années, comporte un
caractère de dangerosité certain et que la
survenance d'une chute ne saurait constituer un
évènement imprévisible.
Il
appartenait ici à l'enseignant de prendre en compte ces
éléments, non seulement quant à la
surveillance des enfants mais aussi quant à son propre
comportement. En effet, le fait de patiner en arrière, au
milieu d'un groupe d'enfants chaussés de patins, sans aucune
visibilité et sans être en mesure de pallier
à une chute éminemment prévisible dans
ce type d'activité, constitue une imprudence fautive.
La
responsabilité de l'État substituée
à celle de l'enseignant est retenue.
Handball
Au cours d'une séance d'initiation au handball, un
élève du cours moyen est heurté
à la tête par un autre
élève, le choc provoquant de
sévères contusions.
Les parents,
portant l'affaire devant les tribunaux, qualifient le jeu de dangereux
et reprochent plusieurs fautes aux deux instituteurs
présents.
Les juges rappellent que le handball
est pratiqué avec les mains et un petit ballon, qu'il ne
présente aucun caractère dangereux. En outre le
schéma figurant sur la déclaration d'accident
démontre qu'un nombre limité de joueurs
était présent sur l'aire de jeu. Les enfants de
cours moyen étaient capables de dribbler avec un ballon,
sans danger. De plus, le fait que les élèves
d'une seule classe soient répartis en deux groupes avec un
enseignant pour chaque groupe démontre que la surveillance
était totale. La collision entre les deux
élèves était imprévisible.
La
responsabilité de l'État substituée
à celle des enseignants
Hockey sur gazon
Lors d'une séance de hockey, un
élève du
cours élémentaire première
année est blessé au visage par la crosse d'un
autre élève.
Les juges vont
apprécier que l'attribution de crosses de hockey
à des élèves aussi jeunes, constitue
un défaut de prévoyance : il s'agit d'objets
potentiellement dangereux, surtout à cet âge (7-8
ans) .
De plus, l'enseignant n'a pas donné de
consignes particulières, alors que pour cette fois encore il
était prévisible, que les enfants utiliseraient
les crosses sans précaution, voire même avec des
gestes complètement irréfléchis.
Il
y a ici manifestement un manque de discernement dans l'organisation du
jeu, ce qui constitue une faute ayant concouru à la
réalisation du dommage.
La
responsabilité de l'État substituée
à celle de l'enseignant est retenue.
On le constate aisément à la lecture de ces exemples : les tribunaux insistent sur l'importance de la qualité de la surveillance à laquelle sont tenus les enseignants, et qui doit s'entendre au sens large. Elle comporte non seulement la vigilance immédiate, mais encore la mise en œuvre des précautions nécessaires prises bien avant l'accident pour que la surveillance soit générale et efficace. Il s'agit donc de s'adapter aux circonstances, d'ajuster la pratique des activités physiques à l'âge des élèves et de manière générale de proportionner les difficultés des exercices physiques aux capacités des élèves.
Fiche réalisée par Frédérique Thomas-Bion, professeur agrégée, docteur en STAPS, Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II.
Sommaire du dossier
- Chute à vélo
- Chute d'un trampoline
- Noyade lors d'une séance de natation
- Saut à la perche
- Art du cirque, Base-ball, Course de vitesse
- Lutte, tennis de table, corde
- Base-ball, barres symétriques, saut à la perche
- Natation
- Chute de saut en cheval, saut en hauteur, chute sur un mini trampoline
- Grimper de corde, voile, basket-ball
- Les accidents scolaires
- Cas classiques d'accident
- La pratique de la gymnastique à l'école maternelle
- L'initiation à l'escalade
- Mise en Place de l’activité sportive
- Partie de football
- Revue d'activités sportives