Enseignants
La pratique de la gymnastique à l'école maternelle
En éducation physique et sportive, l'élève est confronté à une variété d'environnements physiques et humains, qui sollicite de façons diverses ses ressources afin de favoriser une adaptation de plus en plus efficiente et permettre l'acquisition de compétences. Cette discipline se traduit par une confrontation permanente à des risques qui doivent être, dans la mesure du possible, maîtrisés.
Cas n° 1
Les faits
Lors d'une séance de gymnastique organisée à l'école maternelle M., une petite fille de 5 ans s'est fracturée le coude.
Les parents de l'enfant considèrent que cet accident est survenu en raison du caractère dangereux et inadapté de l'activité pour des enfants de 4 à 5 ans, organisée par une institutrice qui n'avait pas connaissance du mode opératoire de l'activité et en l'absence de tout éducateur sportif.
M.
le
préfet de l'Eure réplique que les
règles de sécurité ont
été respectées : le trapèze
auquel étaient suspendus les enfants était
à une hauteur adaptée et les tapis de
réception conformes aux normes de
sécurité.
Les parents de la victime
procèdent par affirmations et n'établissent pas
l'existence d'une faute à l'encontre de la directrice et de
l'institutrice de sorte que la responsabilité de
l'État ne saurait être engagée. En
outre, si les règles de sécurité
n'avaient pas été respectées, la
mère de l'enfant qui assistait à
l'activité n'aurait pas accepté que sa fille
accomplisse l'exercice. Le préfet ajoute que dans
l'hypothèse où la responsabilité de
l'État serait retenue, le Tribunal d'Instance serait
incompétent pour examiner le recours : le dommage trouve sa
cause dans une mauvaise organisation du service imputable à
la commune et les tribunaux administratifs seraient
compétents.
Le tribunal
Il
appartient ici aux parents de l'élève de prouver
l'existence d'une faute imputable à l'instituteur ; en
l'espèce les enfants devaient, selon les parents, se
suspendre à un trapèze situé
à deux mètres du sol, se balancer et se projeter
sur les tapis.
Les parents produisent un document
intitulé le sport à l'école
maternelle, distribué selon eux, par la directrice aux
quatre institutrices de l'école, qui prévoit
parmi les activités physiques proposées aux
enfants le fait de se suspendre à un trapèze en
serrant un ballon entre les pieds, de se balancer et de lancer le
ballon dans une cible.
Selon la directrice, l'institutrice
ne disposant pas de ballons a aménagé cette
activité en demandant aux enfants de se suspendre par les
mains, de se balancer, et de se laisser tomber sur le tapis. Or le
trapèze se trouvait à une hauteur
appropriée à de jeunes enfants pour permettre un
balancement en toute sécurité.
La
structure de réception, composée de deux tapis de
réception de gymnastique était conforme aux
normes de sécurité.
En
réalité les enfants ne se projetaient pas au sol
du trapèze mais devaient se laisser tomber sur le tapis de
réception après s'être
balancés à cette barre dont les parents ne
démontrent pas par ailleurs qu'elle se trouvait à
une hauteur anormale.
En fait l'activité
adaptée par l'institutrice ne présente pas un
caractère dangereux, qu'elle soit pratiquée,
comme préconisée avec un ballon lancé
sur une cible ou sans un ballon comme en l'espèce. Le but de
l'activité étant d'inciter l'enfant à
se balancer, le balancement est simplement facilité par la
présence du ballon lancé vers une cible, l'enfant
devant quelque soit l'exercice, se laisser tomber sur le tapis de
réception.
Par conséquent,
l'institutrice n'a commis aucune faute en faisant pratiquer cet
exercice tant dans le mode opératoire que dans la
surveillance de l'activité et dans le respect des
règles de sécurité : il s'agit ici
d'un accident dû à une mauvaise
réception de l'enfant au sol.
La responsabilité de l'État substituée à celle de l'enseignant n'est pas retenue.
Cas n° 2
Les faits
Une jeune élève de CM2 a été victime d'un accident au cours d'une séance d'initiation aux jeux de lutte, à l'issue duquel elle a chuté sur le sol en béton et s'est fracturé deux dents.
Le tribunal
Il apparaît que les
exercices
à ces jeux d'opposition portaient sur les notions d'appui et
de prises. Ils s'effectuent deux à deux sur un tapis de 2 m
sur 2 m. L'exercice auquel se livrait la victime consistait
à attaquer en touchant le genou de son adversaire et
à se défendre en évitant
d'être touché, en restant dans les limites du
tapis. Ce jeu consiste à développer les
réflexes et la vivacité des
élèves dans un espace réduit, sans
contact prononcé et n'avait aucun caractère de
dangerosité.
Contrairement à ce que
soutiennent les parents de la victime le fait que le sol n'ait pas
été recouvert entièrement par des
tapis n'a pas favorisé le dommage puisque
l'exiguïté de l'espace faisait partie
intégrante de l'exercice. Le même exercice
effectué sur un tapis plus important et commun à
tous les élèves, aurait conduit à
augmenter les risques de chocs entre eux.
Il ressort
également de la déclaration d'accident
effectuée par la directrice le jour des faits, que
l'instituteur avait en charge la classe de CE2 et CM1
composée de 23 élèves. Il avait
installé 10 ateliers, c'est-à-dire 10 espaces
constitués de deux tapis à chaque fois, dont il
n'est pas contesté qu'ils étaient suffisamment
espacés les uns des autres pour éviter les chocs
entre les différents protagonistes des ateliers (ils
étaient répartis sur la moitié du
gymnase).
Il apparaît ainsi que
l'activité ayant été à
l'origine de l'accident impliquait que le professeur se
déplace entre les différents ateliers compte tenu
de leur nombre, de sorte qu'il ne lui a pas été
possible d'observer de façon continue chacun des
élèves engagés dans l'exercice.
L'accident
s'est produit hors du champ de vision de l'instituteur, qui se trouvait
à une distance de 8 mètres de la victime, aucune
faute de surveillance ne peut être mise à sa
charge.
En effet la chute de la victime semble totalement
imprévisible pour l'enseignant qui avait pris les mesures
nécessaires pour le bon déroulement de
l'exercice. Cette chute ne trouve d'explication que dans la faute de la
victime : il ne peut être reproché à
l'enseignant de ne pas avoir recouvert la moitié du gymnase
de tapis, ni de ne pas se trouver derrière chacun de ses
élèves alors qu'il avait tout mis en place pour
que l'activité d'opposition se déroule dans les
meilleures conditions de sécurité pour les
élèves. Il assurait de façon certaine
sa mission de surveillance en se déplaçant entre
les différents ateliers afin d'éviter tous
débordements de la part des élèves et
le cas échéant de s'assurer du
déroulement de l'exercice selon ses consignes. Il
apparaît ici que les demandeurs, les parents de la victime,
n'apportent pas la preuve d'une faute à l'égard
de l'enseignant.
La responsabilité de l'État substituée à celle de l'enseignant n'est pas engagée.
Les accidents scolaires en éducation physique et sportive sont à la source d'un contentieux important mais la responsabilité de l'État substituée à celle de l'enseignant n'est pas forcément engagée dans la mesure où ce dernier s'est assuré que toutes les conditions de sécurité étaient réunies, et que les exercices étaient adaptés à l'âge des élèves et à leurs capacités.
Dossier réalisé par Frédérique Thomas-Bion, professeur agrégée, docteur en STAPS, Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II.
Sommaire du dossier
- Art du cirque, Base-ball, Course de vitesse
- Lutte, tennis de table, corde
- Base-ball, barres symétriques, saut à la perche
- Vos Responsabilités – En cours d’EPS
- Chute de saut en cheval, saut en hauteur, chute sur un mini trampoline
- Grimper de corde, voile, basket-ball
- Les accidents scolaires
- Cas classiques d'accident
- La pratique de la gymnastique à l'école maternelle
- L'initiation à l'escalade
- Mise en Place de l’activité sportive
- Vos Responsabilités – En cours d’EPS